« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » (Carl E. Sagan)

Notre-Dame-des-Landes, l’État et le système technicien
par Technologos

Au-delà de l’aéroport et de son monde, l’aventure de la « Zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes contribua à mettre en débat et rendre visibles des enjeux trop souvent dissimulés, en particulier à l’époque du gouvernement libéral d’Emmanuel Macron, soucieux de transformer la France en « start-up nation ». Nous pensons que les maux dont souffrent la planète et nos sociétés hyper-industrialisées sont le fruit du productivisme, de la croyance en « l'innovation » et du culte de l'État qu’il faut contrer en soutenant la pérennisation des expérimentations à Notre-Dame-des-Landes.

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> Technologos est une association, créée en septembre 2012, dont l'objet, rappelé dans son manifeste-fondateur, est de "penser la technique pour résister à sa puissance". / Crédit DR.

L

’ASSOCIATION Technologos, créée il y six ans pour contribuer à interroger les choix techniques dominants et contester les évolutions mortifères du monde industriel et de ses technosciences 1, apporte son soutien total aux zadistes et dénonce la violence en cours de l’État technocratique.

Nous avions été accueillis en juillet 2015 à Notre-Dame-des-Landes (NDDL) pour débattre de la question de l’État, des raisons qui expliquent qu’il sacrifie si souvent l’intérêt général des peuples à celui des grands groupes industriels − comme l’entreprise Vinci − et peine à prendre en compte l’ampleur des enjeux écologiques contemporains.

Au-delà de l’aéroport et de son monde, que la mobilisation courageuse des zadistes est parvenue à contrer, l’aventure de la « Zone à défendre » (ZAD) 2 contribua à mettre en débat et rendre visibles des enjeux trop souvent dissimulés, en particulier à l’époque du gouvernement libéral d’Emmanuel Macron, soucieux de transformer la France en « start-up nation ». 3

Avec beaucoup d’autres, nous pensons que les maux dont souffrent la planète et nos sociétés hyper-industrialisées sont le fruit de trois mécanismes qu’il faut contrer en soutenant la pérennisation des expérimentations à Notre-Dame-des-Landes.

Considérer que tous les problèmes collectifs doivent être délégués à l’État est une illusion politique.

Tout d’abord, le productivisme et l’idée folle et suicidaire que l’on peut à l’infini puiser dans les ressources de la planète et consommer le monde.

En second lieu, le culte d’un progrès technique 4 conçu de façon simpliste et la croyance éperdue en « l’innovation » qui constituerait la garantie du bonheur pour l’humanité.

Enfin, l’illusion politique considérant que tous les problèmes collectifs doivent être délégués à une structure centrale censée « représenter » les citoyens, et qui leur permet de se déresponsabiliser : l’État.

 

 

Aujourd’hui, des milliers de personnes tentent de vivre de façon différente et autonome, d’inventer d’autres rapports au monde moins prédateurs. 5

Notre-Dame-des-Landes est l’un de ces lieux où s’inventent des alternatives concrètes et des expérimentations vivantes. Des centaines de personnes souhaitent y vivre librement et en toute sérénité. Pourquoi les en empêcher ?

On ne peut comprendre le sens de la brutalité des forces de l’État qu’en saisissant à quel point il est le gardien d’une vision du monde dépassée et d’un ordre social mortifère.

Et qui sont-ils ? Des gens pacifiques et authentiquement soucieux de préserver la planète en cultivant la terre sans la polluer par les engrais et les pesticides 6, sans l’épuiser par l’utilisation de techniques irresponsables.

Le crime dont les accuse le Président est de ne pas disposer d’assez d’argent pour devenir propriétaires des terres et de refuser d’accepter les règles d’une technocratie gestionnaire. 7

Alors qu’il n’y a plus véritablement d’enjeu économique là-bas, plus aucun projet d’aéroport, on ne peut comprendre le sens de la brutalité des forces de l’État, son « monopole de la violence » 8, qu’en saisissant à quel point il est le gardien d’une vision du monde dépassée 9 et d’un ordre social mortifère.

 

 

Alors que cet État soutient et finance de multiples start-up censées construire un avenir fait d’automatisation et d’artificialisation du monde et de nos vies 10, il réprime et refuse les expérimentations collectives de ceux qui ne demandent rien d’autre que le droit de vivre comme ils l’entendent, sur des terres qu’ils occupent depuis déjà des années.

Une fuite en avant dangereuse.

La politique du gouvernement est anachronique et autoritaire. Elle accélère une fuite en avant dangereuse.

Au lieu de chasser violemment les zadistes de NDDL, il faut soutenir et encourager partout la multiplication de ces expérimentations et initiatives, seules lueurs d’espoir dans un monde qui s’achemine de plus en plus vers l’effondrement social et environnemental.

L'association Technologos

> Image de Une : une illusion d'optique (ou panorama magique) créée par Thomas McLean en 1833 (Licence CC).
> Image : « L’État c'est chacun de nous », une affiche reprenant l'un des slogans de Mai-68 (jonandsamfreecycle / Licence CC).

 

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Notes:

  1. NDLR : Lire les tribunes libres de Joël Decarsin, Impasse de la technoscience, 29 septembre 2015, et de Simon Charbonneau, Religiosité de la technoscience, 30 avril 2016. /
  2. NDLR : Lire notre article : Notre-Dame-des-Landes : une « zone à défendre de la pensée », 18 janvier 2017. /
  3. NDLR : Lire la tribune libre de François Jarrige et Jean-Louis Tornatore, Un ministère pour la transition, 15 juillet 2017. /
  4. NDLR : Lire la tribune libre d'Alain Gras, Qu'est-ce que le progrès technique ?, 26 août 2015. /
  5. NDLR : Lire notre « Grand Entretien » avec Mohammed Taleb : « Oser les indisciplines de l'intuition », 16 mai 2016. /
  6. NDLR : Lire la tribune libre de Daniel Cérézuelle, Pour en finir avec le dogme de l'Immaculée Conception de la science, 10 janvier 2017, et notre « Grand Entretien » avec Joël Spiroux de Vendômois : « Le XXIème siècle doit devenir le siècle de l'hygiène chimique », 10 juin 2016. /
  7. NDLR : Lire la tribune libre de Simon Charbonneau, La politique du fait accompli, 9 mai 2017. /
  8. NDLR : Lire la tribune libre collective, Pour un droit à la recherche, 30 décembre 2017. /
  9. NDLR : Lire la tribune libre de Philippe Godard, Ce monde qui n'est plus le nôtre, 31 mai 2015. /
  10. NDLR : Lire notre article : La technologisation de la vie : du mythe à la réalité, 1er mars 2018. /

5 commentaires

  1. Tout est dit…
    La violence d’état employée contre les Zadistes et leur projet – à contrario de la passivité des « forces de l’ordre » contre les blackblocks extrémistes lors des manifs’ du 1er mai – prouvent par A+B le danger qu’ils représentent pour le gouvernement ultra-libéral qui dirige notre pays actuellement et leur idéologie.

    Il est plus que temps de changer de système sociétal et ces gens-là nous montrent la route à suivre…

    La seule vraie « révolution » qui vaille est un changement silencieux, lent, puissant, sur le fond, comme celui prôné par les Zadistes

    … et pas comme le modèle soixant-huitard braillard à la cohn-bendit ou à la romain goupil.

        • L’écologie à bon dos parfois. J’habite près de Nantes et je plains les gens qui habitent sous le couloir aérien à Rezé. C’est par ce que je suis libertaire, que je ne veux pas de cet aéroport actuel qui est à 2km du périphérique et qui survol la ville de Nantes pour se poser et qui survol un des plus grands lacs d’Europe ( le lac de Garde) pour s’envoler. Allez à St Aignan de Grand-Lieu…Parlez du bonheur de vivre à ces gens à qui ont dit qu’il y a encore dix-huit pour cent de vols en plus. Doit-on fermé les yeux sur ça… L’arrêt de l’aéroport de NDDL est une victoire politique pour Hulot, les verts et Macron. Ce n’est pas la victoire d’une justice. Le combat, mon combat est que cet aéroport ne pollue plus le Lac de Grand-Lieu et la ville de Nantes. Mais, ce combat-là est beaucoup plus dur à faire qu’à NDDL… Puisqu’il s’agit de bonheur et d’écologie.

          • Votre combat est surtout celui de gens pensant faire une bonne plus-value à la revente de leur terrain ou de leur logement lors du démantèlement de Nantes-Atlantique.
            Vous vous revendiquez comme libertaire, rien de surprenant à cela: libertaire= liberté de circulation des biens et des capitaux, bref un capital-libéral pur produit des thèses de Milton Friedman et de l’école de Chicago.

            Pas de bol pour cette fois…

            Et -très heureux de vous le dire- ce sera la même chose pour les fois suivantes !

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