« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » (Carl E. Sagan)

Le transhumanisme à l’épreuve du réel
par Sciences Critiques

Le transhumanisme, entre critiques et résistances
par Sciences Critiques

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8 JUIN dernier, Sciences Critiques a organisé une soirée-débat, à Paris, consacrée au transhumanisme et intitulée « Le transhumanisme, entre critiques et résistances ». Plus de 80 personnes ont participé à cet événement, en présence de Roland Gori (psychanalyste), Jean-Michel Besnier (philosophe), Philippe Borrel (réalisateur), Anne-Laure Boch (neurochirurgien), Cédric Sauviat (polytechnicien) et Sarah Dubernet (infirmière).

Né de la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des technologies de l'information et des sciences cognitives (NBIC), le projet transhumaniste, qui vise à « augmenter » l'être humain − voire à le remplacer par un post-humain −, se développe imperceptiblement et insidieusement au cœur des laboratoires et des start-ups des pays industrialisés, de la Silicon Valley (Etats-Unis) à la Chine, en passant par l'Europe.

Or, cette idéologie, cette « nouvelle religion » (Laurent Alexandre), qui tend à bouleverser le devenir de l'humanité, progresse sans qu'aucun débat démocratique et citoyen n'ait jamais eu lieu.

Face au déferlement incontrôlé du transhumanisme et aux enjeux (socio-politiques, économiques, technoscientifiques, anthropologiques, civilisationnels, etc.) qu'il soulève, l'élaboration collective et la diffusion de réflexions éthiques et d'une véritable pensée critique sont devenues aujourd'hui une nécessité − voire une urgence politique − pour initier et nourrir le débat démocratique et citoyen.

Pièces et Main-d’Œuvre : «Le transhumanisme, une logique guerrière de l’évolution»
par Sciences Critiques

Pièces et Main-d'Œuvre (PMO) est un collectif créé en 2003, engagé dans une critique radicale de la recherche scientifique et du complexe militaro-industriel, se définissant comme un « atelier de bricolage pour la construction d'un esprit critique grenoblois ». A travers leurs enquêtes, leurs recherches et leurs écrits, ils s'opposent au système technicien et dénoncent ce qu'il a d'intrinsèquement mortifère. Leur dernier ouvrage, paru en septembre 2017, est le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme (Editions Service compris), un appel à la résistance contre ce « néo-nazisme surgi des laboratoires ».

Aujourd’hui, il est trop tard
par Joël Decarsin

Pourfendre le nucléaire, les organismes génétiquement modifiés (OGM), la télésurveillance, les puces RFID ou l’addiction aux écrans, c’est passer à côté de l’essentiel, ne viser que « les » techniques, jamais « la » technique dans son ensemble, l’idéologie à l’œuvre derrière la supercherie intellectuelle nommée « humanisme ». C'est donc une « défaite de la pensée » qui nous rend inconséquents et impotents. La technique était l'enjeu du XXème siècle. Elle est devenue la fatalité du XXIème siècle. L’émergence d’une communauté technocritique semble la condition minimale pour ne pas céder au fatalisme.

Jean-Christophe Coffin : «Il est légitime que les citoyens interpellent les scientifiques»
par Sciences Critiques

Le mouvement de contestation de Mai-68 n'a pas épargné la communauté scientifique. A l'instar des étudiants et des travailleurs engagés contre l'« ordre établi », des scientifiques critiques se sont mobilisés à l'époque pour faire entendre leur voix. Hiérarchies institutionnelles, « science pure », orientations de la recherche, participation citoyenne, etc. Les pratiques des chercheurs, comme la place et le rôle de l'institution et des savoirs scientifiques, furent radicalement remis en cause. Trois questions à Jean-Christophe Coffin, enseignant-chercheur en Histoire des Sciences et des Techniques à l'Université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis et au Centre A. Koyré à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).

Pourquoi résister à l’Intelligence artificielle ?
par Cédric Sauviat

La fameuse complémentarité de l'homme et de la machine est un leurre. Loin de donner du pouvoir aux hommes, l'Intelligence artificielle (IA) les en dépossède. L'aventure technologique qui s'annonce constitue la plus formidable entreprise d'aliénation jamais imaginée à l'encontre du genre humain. Face aux critiques et aux inquiétudes, les partisans de l'IA aiment à répéter qu'elle seule permettra à l'humanité de résoudre les graves problèmes qui la minent. C'est oublier un peu vite que ces problèmes proviennent, en bonne part, du système technico-économique, dont l'IA représente précisément le point culminant.

L’«effet prothèse» ou comment remplacer l’humain
par Simon Charbonneau

Le processus d'automatisation, qui vise notamment à substituer la présence et les capacités humaines par des logiciels bourrés d’algorithmes, a pour conséquence une régression mentale et physiologique des hommes dans leurs activités professionnelles et, d’une manière générale, dans leur existence personnelle. Des questions se posent inévitablement, dont une de nature politique et morale : quelle place est alors laissée à l’avenir de l’humanité dans un tel système, qui lui-même a été inventé par l’homme, en particulier celui de l’Occident ? Et pourquoi donc ce destin funeste, dont on ne sait où tout cela va le mener ?

L’homme augmenté : les dessous d’un mythe
par Gérard Dubey

Notre dépendance aux nouvelles technologies change, au quotidien et insidieusement, notre rapport aux autres, comme à l’espace public ou au commun. L’un des risques est que, dans les situations les plus ordinaires, nous finissions par attendre des êtres humains qu’ils se comportent comme des machines. Le problème n’est pas de savoir si les machines vont renverser les humains mais de comprendre dans quelles conditions – sociales, politiques, éthiques et économiques – les êtres humains se mettent à agir machinalement, à désirer ressembler aux machines qu’ils conçoivent.

Notre-Dame-des-Landes, l’État et le système technicien
par Technologos

Au-delà de l’aéroport et de son monde, l’aventure de la « Zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes contribua à mettre en débat et rendre visibles des enjeux trop souvent dissimulés, en particulier à l’époque du gouvernement libéral d’Emmanuel Macron, soucieux de transformer la France en « start-up nation ». Nous pensons que les maux dont souffrent la planète et nos sociétés hyper-industrialisées sont le fruit du productivisme, de la croyance en « l'innovation » et du culte de l'État qu’il faut contrer en soutenant la pérennisation des expérimentations à Notre-Dame-des-Landes.

Frankenstein et le transhumanisme
par Brice de Malherbe

L’usage éthique des nouvelles technologies impose une prise de distance par rapport à l’idéologie transhumaniste. Cette idéologie veut nous séduire. Le mythe prémonitoire de Frankenstein nous met en garde : elle risque bien, au contraire, de nous détruire. Les transhumanistes veulent nous convaincre que Prométhée est heureux. Mais il ne peut l'être, car la puissance de la technique ne peut supplanter l'amour. Frankenstein nous prévient que le bonheur de l'homme ne se trouve pas dans une sortie de l'humanité.

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