« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » (Carl E. Sagan)

Savoir

Où va la science ?

Où va la science ? Dévoiler le monde naturel ou créer un nouveau monde ? La science nous promet un envol radieux, délivré des pesanteurs de notre condition mortelle et terrestre. Mais le futur pourrait être tout autre. Le cheval emballé de la technoscience pourrait rencontrer plus tôt que prévu le mur de la réalité. Ses prétentions infinies pourraient se fracasser sur les limites d'un monde fini. Limites écologiques, limites économiques, limites politiques et sociales. Le désordre mondial qui vient fera rendre gorge aux utopies technoprogressistes, dont le transhumanisme est le dernier avatar. On peut le regretter... ou éprouver un secret soulagement. Après tout, le rêve technoscientifique n'était-il pas en train de virer au cauchemar ?

Aujourd’hui, il est trop tard

Pourfendre le nucléaire, les organismes génétiquement modifiés (OGM), la télésurveillance, les puces RFID ou l’addiction aux écrans, c’est passer à côté de l’essentiel, ne viser que « les » techniques, jamais « la » technique dans son ensemble, l’idéologie à l’œuvre derrière la supercherie intellectuelle nommée « humanisme ». C'est donc une « défaite de la pensée » qui nous rend inconséquents et impotents. La technique était l'enjeu du XXème siècle. Elle est devenue la fatalité du XXIème siècle. L’émergence d’une communauté technocritique semble la condition minimale pour ne pas céder au fatalisme.

Pourquoi résister à l’Intelligence artificielle ?

La fameuse complémentarité de l'homme et de la machine est un leurre. Loin de donner du pouvoir aux hommes, l'Intelligence artificielle (IA) les en dépossède. L'aventure technologique qui s'annonce constitue la plus formidable entreprise d'aliénation jamais imaginée à l'encontre du genre humain. Face aux critiques et aux inquiétudes, les partisans de l'IA aiment à répéter qu'elle seule permettra à l'humanité de résoudre les graves problèmes qui la minent. C'est oublier un peu vite que ces problèmes proviennent, en bonne part, du système technico-économique, dont l'IA représente précisément le point culminant.

L’«effet prothèse» ou comment remplacer l’humain

Le processus d'automatisation, qui vise notamment à substituer la présence et les capacités humaines par des logiciels bourrés d’algorithmes, a pour conséquence une régression mentale et physiologique des hommes dans leurs activités professionnelles et, d’une manière générale, dans leur existence personnelle. Des questions se posent inévitablement, dont une de nature politique et morale : quelle place est alors laissée à l’avenir de l’humanité dans un tel système, qui lui-même a été inventé par l’homme, en particulier celui de l’Occident ? Et pourquoi donc ce destin funeste, dont on ne sait où tout cela va le mener ?

L’homme augmenté : les dessous d’un mythe

Notre dépendance aux nouvelles technologies change, au quotidien et insidieusement, notre rapport aux autres, comme à l’espace public ou au commun. L’un des risques est que, dans les situations les plus ordinaires, nous finissions par attendre des êtres humains qu’ils se comportent comme des machines. Le problème n’est pas de savoir si les machines vont renverser les humains mais de comprendre dans quelles conditions – sociales, politiques, éthiques et économiques – les êtres humains se mettent à agir machinalement, à désirer ressembler aux machines qu’ils conçoivent.

Notre-Dame-des-Landes, l’État et le système technicien

Au-delà de l’aéroport et de son monde, l’aventure de la « Zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes contribua à mettre en débat et rendre visibles des enjeux trop souvent dissimulés, en particulier à l’époque du gouvernement libéral d’Emmanuel Macron, soucieux de transformer la France en « start-up nation ». Nous pensons que les maux dont souffrent la planète et nos sociétés hyper-industrialisées sont le fruit du productivisme, de la croyance en « l'innovation » et du culte de l'État qu’il faut contrer en soutenant la pérennisation des expérimentations à Notre-Dame-des-Landes.

Frankenstein et le transhumanisme

L’usage éthique des nouvelles technologies impose une prise de distance par rapport à l’idéologie transhumaniste. Cette idéologie veut nous séduire. Le mythe prémonitoire de Frankenstein nous met en garde : elle risque bien, au contraire, de nous détruire. Les transhumanistes veulent nous convaincre que Prométhée est heureux. Mais il ne peut l'être, car la puissance de la technique ne peut supplanter l'amour. Frankenstein nous prévient que le bonheur de l'homme ne se trouve pas dans une sortie de l'humanité.

De quelle culture scientifique parlons-nous ?

La culture « scientifique » qui clôture et dévitalise le monde n’est pas Science. Cette culture est celle de la Technique, pas celle de la recherche de connaissance. La Science, si quelque chose d'universellement partagé existe derrière ce mot, est le lieu du débat, de l’échange, la confluence des pluralités de pensées. Elle s’ouvre au monde, l’interroge, doute, formule des hypothèses. Cette Science-là ne cherche pas à dominer le débat, à imposer son modèle, à figer le réel. Elle ne cherche qu’à ouvrir son regard et sa pensée afin d'enrichir au mieux notre rapport au monde et aux autres.

Je ne doute pas, donc je ne pense pas

La science ne peut retrouver son sens profond que dans la régénération du doute. Le moment du scepticisme revient en même temps que celui du pluralisme scientifique. L’ère des experts triomphants, fossoyeurs de la pensée, doit céder la place au retour d’un véritable Humanisme. L’interrogation principale posée aujourd’hui à l’Humanité est de savoir si l’Homme veut encore maîtriser son propre destin.

Pour un droit à la recherche

Pour nous, chercheurs et chercheuses en sciences sociales, la judiciarisation de la recherche commence à être un vrai problème. Elle est le témoignage d’un front large pour la déstabilisation de nos professions. Au côté de la criminalisation du mouvement social, c'est aujourd'hui la criminalisation des sciences humaines qui menace. Nous ne sommes pas uniquement des fonctionnaires d’État, nous sommes les sentinelles du présent. Et ce rôle qui est le nôtre est toujours un peu plus menacé. Ne nous contentons pas d’observer.

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