« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » (Carl E. Sagan)

Aujourd’hui, il est trop tard
par Joël Decarsin

Pourfendre le nucléaire, les organismes génétiquement modifiés (OGM), la télésurveillance, les puces RFID ou l’addiction aux écrans, c’est passer à côté de l’essentiel, ne viser que « les » techniques, jamais « la » technique dans son ensemble, l’idéologie à l’œuvre derrière la supercherie intellectuelle nommée « humanisme ». C'est donc une « défaite de la pensée » qui nous rend inconséquents et impotents. La technique était l'enjeu du XXème siècle. Elle est devenue la fatalité du XXIème siècle. L’émergence d’une communauté technocritique semble la condition minimale pour ne pas céder au fatalisme.

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> Joël Decarsin, artiste de formation et membre fondateur de l'association Technologos. / Crédit Clément Américi.

«

DEMAIN, il sera trop tard » fut un film à l’eau-de-rose dans les années 1950, puis le livre d’un ex-président de la République, puis un roman de science-fiction. Higelin lui-même a chanté ces mots...

De fait, ces mots sonnent bien. Ils nous rappellent que la vie est courte, que la Terre est fragile 1 et qu’il ne faut pas les gâcher.

En novembre dernier, ils sont revenus en force, sous la forme d'un cri d'alerte lancé par 15 364 scientifiques de 184 pays, dont la revue américaine BioScience puis le journal Le Monde ont fait leurs unes : « Notre planète est en danger, il sera bientôt trop tard. » 2

Bon nombre d’observateurs ont aussitôt rappelé qu’un appel similaire avait été lancé 25 ans plus tôt à Rio, à l'issue du Sommet de la Terre, et sans succès.

« La situation depuis 1992 s’est aggravée et le pire est que l'on ne voit pas le bout du tunnel », déploraient eux-mêmes les signataires, proposant alors une dizaine de mesures, toutes généreuses et sensées mais déjà connues.

Comme le soulignait peu après dans Le Monde un professeur de philosophie, tout ça, on le sait déjà : « Ca fait plus de trente ans que “demain, il sera trop tard”, et rien ne change. »

Ca fait plus de trente ans que "demain, il sera trop tard", et rien ne change.

Cet enseignant estimait que « notre société s’est construite sur une définition du bonheur et de la liberté qu’il n’est pas aisé de remettre en cause. » Mais, se demandant « comment faire valoir la modération dans une société dont toute l’économie repose sur la consommation à outrance », sa réponse participait à son tour de ce climat d’impasse : « C’est aux citoyens d’exiger des professionnels de la politique qu’ils rejettent l’idéologie de la croissance. »

Ne pas voir la façon dont les « professionnels de la politique » remercient aujourd’hui celles et ceux qui, prônant « la modération », sont parvenus à empêcher la destruction du bocage à Notre-Dame-des-Landes 3, imaginer ainsi qu’un sursaut quelconque puisse venir de l’État, c’est en effet céder à une coupable utopie. 4

C'est refuser d’admettre que si l’idéologie de la croissance a pris l’ampleur que l’on connaît, c’est justement parce qu’elle a pour corolaire la sacralisation de l’État, quasiment théorisée dès le XVème siècle par Machiavel.

 

Pour un catastrophisme éclairé

 

L’État dispose d’une légitimité totale pour instituer ce qu’il veut et rejeter ce qu’il ne veut pas. Or, s’il ne fait pas le maximum pour enrayer le réchauffement climatique 5, c’est que l’immense majorité des humains désirent disposer d’un maximum de confort et qu’ils attendent précisément de l'État qu’il légifère au mieux pour le leur procurer. Nous avons ici affaire à un redoutable cercle vicieux.

Et parce qu’on n'a jamais pris au sérieux ceux qui, très rares, avaient diagnostiqué à temps ce cercle vicieux, l’appel de ces scientifiques paraîtrait presque optimiste : depuis plus de trente ans, il est trop tard.

La catastrophe est inéluctable parce que nous avons laissé les scientifiques jouer aux apprentis-sorciers en triturant la matière dans ses plus intimes retranchements.

A lui seul, le cas des déchets nucléaires nous en convainc : la question de savoir s’il faut démanteler ou non les centrales, bien que grave et légitime, est dépassée car ces déchets sont déjà là parmi nous, par tonnes et radioactifs pour des millénaires.

Quand on sait que la centrale de Fukushima 6 n’a pas pu résister plus de quarante ans aux forces de la nature, il suffit de très peu d'honnêteté intellectuelle pour réaliser que le « pari sur l’éternité », pris par nos technocrates avec les centres d’enfouissement, est perdu d’avance.

Parce que nous avons laissé les scientifiques − dont ceux qui poussent aujourd’hui des cris d’orfraie... − jouer aux apprentis-sorciers en triturant la matière dans ses plus intimes retranchements 7 et parce que, contrairement à la fable de Goethe, aucun maître-sorcier ne viendra jamais mettre un terme au sortilège déclenché, la catastrophe est inéluctable.

 

 

La planète et l’humanité ne sont pas menacées mais en sursis, et nous n’avons d’autre choix que de cultiver ce que Jean-Pierre Dupuy appelle le « catastrophisme éclairé ».

Pour ce faire, il importe d'abord de savoir comment et pourquoi nous en sommes arrivés là et, pour cela, nous mettre à l'écoute de « ceux qui avaient diagnostiqué à temps le cercle vicieux ».

J'invite ici à méditer dix citations de Jacques Ellul, réparties sur plus de cinq décennies :

> « La technique domine l'homme et toutes les réactions de l'homme. Contre elle, la politique est impuissante, l'homme ne peut gouverner parce qu'il est soumis à des forces irréelles bien que matérielles. Dans l'état capitaliste, l’homme est moins opprimé par les puissances financières que par l’idéal bourgeois de sécurité, de confort et d’assurance. C'est cet idéal qui donne leur importance aux puissances financières. »
(Directives pour un manifeste personnaliste, 1935)

Dans l'état capitaliste, l'homme est moins opprimé par les puissances financières que par l'idéal bourgeois de sécurité, de confort et d'assurance. C'est cet idéal qui donne leur importance aux puissances financières.

> « Le phénomène technique peut se définir comme la préoccupation de l'immense majorité des hommes de notre temps, de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace. [...] L'invasion technique désacralise la nature, dans laquelle l'homme était appelé à vivre. Mais ne pouvant vivre sans sacré, l'homme le transfère à présent sur ce par quoi il a désacralisé la nature : la technique»
(La technique ou l'enjeu du siècle, 1952)

> « L'on peut tout mettre en question dans notre société, y compris Dieu, mais pas la technique, qui se révèle comme une valeur décisive : elle mérite que toutes les forces y soient consacrées et que l'homme s'y sacrifie. »
(Le vouloir et le faire, 1964)

> « Que requiert à présent l’homme ? Essentiellement le confort. Toute production est orientée par ce goût et ce besoin de confort. Le but du confort est la satisfaction d’une digestion perpétuelle, satisfaction de musique comme satisfaction de pensée ou d’air conditionné. L’aspiration au confort se situe au niveau le plus platement matériel mais qui conditionne la totalité de la vie»
(Métamorphose du bourgeois, 1967)

> « Les hommes, dans toutes les sociétés, même quand ils protestent contre l'ingérence du pouvoir, déclarent le haïr et réclament la liberté, ont mis leur espérance et leur foi dans l'État. C'est finalement de lui qu'ils attendent tout. »
(Autopsie de la révolution, 1969)

> « Si l'homme a pour but le paradis sur terre, c'est-à-dire le bonheur, il n'a alors qu'à s'en remettre au progrès technique. Dès lors que le progrès est devenu la valeur suprême, toute révolution apparaît sans signification. Le mythe du progrès a tué l'esprit révolutionnaire. »
(De la révolution aux révoltes, 1972)

L'invasion technique désacralise la nature, dans laquelle l'homme était appelé à vivre.

> « Faire des protestations contre la bombe à hydrogène sans attaquer l'ensemble de la société technicienne ne sert qu'à se donner bonne conscience. »
(De la révolution aux révoltes, 1972)

> « Certains déclarent que "la technique" n’existe pas et qu’ils ne connaissent que des techniques. Cela tient à un réalisme superficiel. La technique en tant que concept permet de comprendre un ensemble de phénomènes qui restent invisibles si on se situe au niveau de l’évidence perceptible. »
(Le système technicien, 1977)

> « Pour comprendre la société technicienne, il ne sert à rien de prendre les phénomènes cas par cas, par exemple l'automobile, la télévision ou la télématique. Chacun d’eux n'a de sens que s'il est mis en relation avec tous les autres. Si on isole un fait, on n'y comprend strictement rien. »
(A temps et à contretemps, 1981)

> « Actuellement, j'estime que la partie est perdue. Et que le système technicien, exalté par la puissance informatique, a échappé définitivement à la volonté directionnelle de l’homme. »
(Le bluff technologique, 1988)

 

Une défaite de la pensée

 

A la lecture de ces propos, on comprendra peut-être enfin que pourfendre le nucléaire, les organismes génétiquement modifiés (OGM) 8, la télésurveillance, les puces RFID ou l’addiction aux écrans, c’est passer à côté de l’essentiel, ne viser que « les » techniques, jamais « la » technique dans son ensemble, l’idéologie à l’œuvre derrière la supercherie intellectuelle nommée « humanisme ». 9

Si donc celle-ci demeure impensée, c’est parce que l’ensemble du travail réflexif des humains est « en miettes », pour reprendre la formule d’un autre esprit technocritique, Georges Friedmann.

Non seulement les sciences humaines 10, dans leur obsession de la spécialisation, mais le militantisme sont taylorisés, conformes en cela aux normes édictées par le système technicien.

Comment œuvrer à l'émergence d'une communauté technocritique, dont l'existence semble la condition minimale pour ne pas céder au fatalisme ?

C'est donc une « défaite de la pensée » qui nous rend inconséquents et impotents. Mais non pas, comme le croit avec nostalgie Alain Finkielkraut, parce que la pensée s’est liquéfiée dans le relativisme des valeurs, mais parce qu’elle a été fragmentée par « l’impératif d’efficacité maximale en toute chose », lequel ne relativise pas les valeurs mais se substitue purement et simplement à elles.

Ce qui fait de nous les acteurs inconscients, les pantins, d’un drame qui s'étire dans le temps et dont nos descendants, proches ou lointains, seront inévitablement les victimes.

Selon Ellul, la technique était l’enjeu du XXème siècle. L’enjeu n’ayant jamais été perçu alors, force est d'admettre qu'elle est devenue la fatalité du XXIème siècle.

Les rencontres estivales de l'association Technologos Marseille-Aix se dérouleront au cours du mois de juillet autour d’une question : comment œuvrer à l'émergence d'une communauté technocritique ? 11

L’existence d’une telle communauté nous semble en effet la condition minimale pour atténuer la portée de la fatalité ; preuve − s’il en est − que nous ne comptons pas céder au fatalisme.

Joël Decarsin

> Image de Une : Estampe « La Grande Vague de Kanagawa » (1830-1831) de l'artiste japonais Katsushika Hokusai.
> Image panoramique : Estampe « Le Fuji par temps clair » (1830-1832) par l'artiste japonais Katsushika Hokusai.

 

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Notes:

  1. NDLR : Lire notre « Grand Entretien » avec Sebastian Vincent Grevsmühl, « Il est urgent de repenser nos imaginaires », 29 juin 2016. /
  2. NDLR : Avant la revue BioScience et le journal Le Monde, Sciences Critiques relayait le texte de ces scientifiques. Lire : Second avertissement à l'humanité, 30 octobre 2017. /
  3. NDLR : Lire notre article : Notre-Dame-des-Landes : « une zone à défendre de la pensée », 18 janvier 2017. /
  4. NDLR : Lire la tribune libre collective de l'association Technologos, Notre-Dame-des-Landes, l'État et le système technicien, 1er mai 2018. /
  5. NDLR : Lire notre « Grand Entretien » avec Laure Noualhat : « Les climatosceptiques se moquent de la vérité scientifique », 4 octobre 2015. /
  6. NDLR : Lire la tribune libre collective, Tchernobyl, Fukushima : les aménageurs de la vie mutilée, 3 août 2016. /
  7. NDLR : Lire la tribune libre d'Olivier Rey, Nuclear Manoeuvres in the Dark, 17 mars 2016. /
  8. NDLR : Lire notre dossier : Les OGM peuvent-ils nourrir le monde ?, 23 mai 2015, et voir la vidéo de notre rencontre avec Gilles-Éric Séralini et Bénédicte Bonzi : OGM : du labo à l'assiette, 25 novembre 2017. /
  9. NDLR : Lire notre article : Edgar Morin pense les mots de l'humanité, 20 janvier 2018. /
  10. NDLR : Lire la tribune libre de Christian Laval, La sociologie contre le néolibéralisme, 28 février 2017. /
  11. − « Seuls et ensemble en système technicien ». Rencontres estivales organisées par l'association Technologos Marseille-Aix, du 21 au 23 juillet à La Pagode, Peyrolles-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Pour plus d'informations, consultez la page dédiée à ces rencontres. /

10 commentaires

  1. « Les politiques sont au service d’intérêts privés »
    => Evidemment : cest l’État qui leur confère leur légitimité !

    « Les politiques ne sont nullement impuissants »
    => (re)lire L’iIlusion politique » (1965)

    Extrait choisi (p.40) :
    Tout penser en termes de politique, tout recouvrir par ce mot (…), tout remettre entre les mains de l’État, faire appel à lui en toute circonstance, déférer les problèmes de l’individu à la collectivité, croire que la politique est au niveau de chacun, que chacun y est apte: voilà la politisation de l’homme moderne. Elle a donc principalement un aspect mythologique. Elle s’exprime dans des croyances et prend par conséquent aisément une allure passionnelle.

  2. Réponses à RV :

    1) « La défaite de la pensée c’est d’essentialiser la technique »… Si ce n’était que cela, on pourrait encore s’en remettre et la politique pourrait s’en mêler. Or, hélas, elle est sacralisée (« Les nouveaux possédés », 1973) et, personnellement, je ne connais que très peu de gens prêts à reconnaître que l’on puisse sacraliser quoi que ce soit au XXIe siècle. A ce stade, donc, « la politique » n’est plus qu’un fade décorum, vestige d’un passé lointain, quand le mot « démocratie » avait encore un sens (« L’illusion politique », 1965).

    2) « La question est politique » ?
    Eh bien non, justement : => Fichier:Tout est technique.jpg

    3) « Se focaliser sur les déchets nucléaires », ce n’est nullement « oblitérer les pollutions chimiques », c’est simplement mesurer l’ampleur de la sacralisation et – par là-même – saisir que le temps est révolu où le mot « hybris » n’était encore qu’un concept (voir le film « Into Eternity », de Michael Madsen, 2010… le seul titre en dit plus qu’une encyclopédie).

    • Vous confondez la privatisation de l’Etat et l’impuissance postulée des politiques.
      Je soutiens que les politiques ne sont nullement impuissants, ce sont bien eux qui font les lois, et quelles lois (!) que ce soit au sein d’instances non démocratiques comme l’U€ ou à la tête des Etats.
      Ils sont simplement au service d’intérêts privés qui n’ont que le profit comme horizon.
      Ne pas être d’accord avec les politiques menées ne doit pas nous amener à penser que les politiques n’ont plus de pouvoir.

  3. Je m’étonne toujours de cette propension à se focaliser sur les déchets nucléaires et d’oblitérer les pollutions chimiques.
    Dans un cas, par définition, nous avons des produits instables qui à terme se muteront en des produits non radio-actif et dans l’autre des composés stables qui s’accumulent « sans date de péremption ».
    En ce sens l’enfouissement me parait, en l’état de la technique, la meilleure des solutions.
    Nous sommes en train de dégrader notre écosystème au point de mettre la survie du vivant en jeu, l’urgence des urgences est de décarboner l’économie.

  4. Le commentaire de Pierre Villion me parait d’autant plus essentiel qu’il pointe un véritable trou noir dans la (petite) galaxie technocritique.

    Revenons d’abord à la citation d’Ellul, qui est à la fois sa plus connue et de très loin la plus mal comprise : « Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique ».

    Quand je dis qu’elle est mal comprise, c’est au vu de ces milliers de militants « anti-« , qui s’échinent à combattre le nucléaire ou les OGMs, la télésurveillance ou la bureaucratie… quand le problème est ailleurs, cent fois ailleurs.

    Pour tenter d’expliquer où est cet ailleurs, je ferai ici usage d’humour.

    Un célèbre proverbe chinois dit : « quand tu montres la lune du doigt à un imbécile, l’imbécile regarde le doigt ». Eh bien, à l’inverse, pour comprendre ce qu’est la sacralisation de la technique, il faut presque oublier cette dernière et regarder avec une attention soutenue et en prenant mille notes, ce doigt qui, avec fébrilité et une infinie constance à la fois, nous la désigne.

    Une nuance toutefois : ne pas voir ce deuxième doigt, ce n’est pas faire preuve d’imbécilité mais d’orgueil. « L’homme moderne » fait en effet preuve d’une fierté insondable quand, au prétexte qu’il s’est émancipé de toutes les religions, il refuse admettre qu’il sacralise à tour de bras (donc tout autant si ce n’est plus) que ses plus lointains aïeux. Et de façon tout autant inconsciente qu’eux.

    A ce propos, je reproche à Ellul ne pas avoir considéré « l’inconscient » comme l’origine de toute sacralisation et – durant au moins 50 ans – d’avoir disserté sur « la Technique » (le T majuscule servant modestement à désigner la sacralisation) au lieu de dénoncer explicitement « le technicisme » ou « l’idéologie technicienne ».

    Cela lui aurait sans doute permis de ne pas s’exposer aux contresens de la part de ses lecteurs et – surtout – de ceux qui l’ont critiqué sans jamais (ou si peu) l’avoir lu.

  5. « On ne peut pas séparer l’homme de la technique, car elle est un prolongement du corps humain et intimement liée à celui-ci. »… Evidemment ! Qui peut dire le contraire ? Là n’est nullement le problème.
    Si en revanche on lit correctement les citations (et si possible les ouvrages d’où elles sont tirées), on comprend sans mal que le souci n’est pas la technique mais le fait que celle-ci est désormais sacralisée.

  6. Ateliers d’été 2018
    Technique et nucléaire : comment sortir du culte de la puissance et de la destruction ? du 14 au 17 juillet à Bure.

    Pourquoi la lutte contre le centre de stockage de Bure est-il un enjeu pour Technologos et ceux qui critiquent globalement la technique telle qu’elle se développe aujourd’hui (déferlement, moteur et fin de l’histoire).

    Cette prétention à gérer efficacement les déchets produits par une industrie qui ne devait pas en faire, à les gérer sans l’homme (sûreté passive), en nous faisant croire que l’on fait « comme si on maitrisait la nature » via la technique, ne permet pas de sortir de cette fiction technolâtre qui façonne notre monde, dont on ne se réveillera que par une catastrophe, et encore…
    informations : https://www.technologos.fr/

  7. 1) « Dans l’état capitaliste, l’homme est moins opprimé par les puissances financières que par l’idéal bourgeois de sécurité, de confort et d’assurance. C’est cet idéal qui donne leur importance aux puissances financières. »

    Or, c’est justement cet idéal bourgeois plus la démesure et la centralité donnée au travail qui constituent la CULTURE capitaliste. Le capitalisme est devenue une civilisation, il implique tout le monde et le travail destructeur ne s’y oppose pas mais en constitue l’essence. Exit la lutte des classes, tout le monde est responsable….
    2) La technique n’a pas une définition essentialiste, on peut au moins distinguer les cultures d’outils où 1) la technique est d’abord savoir faire, art de 2) la technocratie (ce qui a été produit par la révolution industrielle) où la technique est d’abord organisation et domestication et enfin 3) ce que Neil Postman appelait « technopoly », lorsque la technique devient le moteur et la fin de l’histoire. C’est cette dernière définition qui doit correspondre à celle employée par Ellul lorsqu’il parle de « sacralisation de la technique ». Mais désacraliser la technique dans ce cas consisterait à revenir à la technique comme « savoir-faire, art », cad la définition numéro une, avec bientôt 9 milliards d’êtres humains…et dans un monde inchangeable à cause des legs de la société industrielle (déchets nucléaires, démantèlement, océans de plastiques, biodiversité en disparition, climat détruit, etc…) mais où il faudra s’adapter.
    On ne peut pas séparer l’homme de la technique, car elle est un prolongement du corps humain et intimement liée à celui-ci.

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