« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » (Carl E. Sagan)

Laurent Mucchielli : «L’idéologie de la vaccination intégrale n’est ni de la science ni de la médecine»

Laurent Mucchielli : «L’idéologie de la vaccination intégrale n’est ni de la science ni de la médecine»

Spécialiste, depuis de nombreuses années, de la délinquance et des politiques de sécurité, Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), mène, depuis mars 2020, une vaste enquête sur la gestion politico-sanitaire de la crise engendrée par la pandémie de Covid-19. Sous le feu des projecteurs, et des critiques − parfois virulentes −, pour avoir mis en lumière une « mortalité inédite » liée à la campagne de vaccination massive contre le coronavirus, le chercheur revient, pour Sciences Critiques, sur ses travaux aujourd’hui décriés, mais aussi sur la stratégie du gouvernement, l’influence des « Big Pharma » sur la recherche et l’expertise scientifiques ou encore sur la couverture médiatique de la crise sanitaire.

* * *

Sciences Critiques – Pourquoi êtes-vous passé, en tant que sociologue, de l’étude de la délinquance à celle de la pharmacovigilance ? Et en quoi consiste votre enquête actuelle sur la gestion politico-sanitaire de la crise du Covid-19 ?

Laurent Mucchielli – Pour commencer, je vous remercie de me donner la parole. La quasi-totalité des gens qui me critiquent le font, d’une part, sans m’avoir lu en détail et, d’autre part, sans avoir jamais cherché à dialoguer avec moi.

Pour vous répondre directement, je ne suis pas du tout passé sans transition de la délinquance à la pharmacovigilance. Il faut comprendre le cheminement. J’ai commencé dès le mois de mars 2020 une enquête sur la gestion politico-sanitaire de la crise Covid, en publiant les « épisodes » de cette enquête sur le modeste blog que je tiens sur Mediapart depuis 2009. Au bout de quelques temps, j’ai identifié ce que j’appelle « la doxa du Covid », une narration globale de la pandémie dont je conteste globalement le bien-fondé. Cette histoire, qui nous est racontée depuis le début, consiste en quatre affirmations centrales : 1) un virus horrible se répand partout sur la planète et nous risquons tous de mourir, 2) on ne sait pas comment l’arrêter ni comment soigner les gens qui l’attrapent, 3) la seule chose à faire est, sur le modèle chinois, de confiner la totalité de la population et de réduire au maximum les contacts entre les êtres humains, et 4) nous ne pourrons « retrouver une vie normale » que quand nous disposerons d’un vaccin. Le vaccin est donc présenté comme le sauveur de l’humanité depuis le début. Et il est évidemment interdit de critiquer le sauveur de l’humanité. Voilà toute l’affaire.

 

Le vaccin est présenté comme le sauveur de l’humanité depuis le début de la pandémie. Et il est évidemment interdit de critiquer le sauveur de l’humanité. Voilà toute l’affaire.

 

Maintenant, si nous basculons de cette narration officielle vers ce que je crois être la réalité, l’histoire est très différente. En effet, 1) seules les personnes fragilisées par le grand âge ou d’autres maladies sont réellement menacées par ce virus, 2) il existe toute une série de stratégies préventives et de traitements précoces qui réduisent fortement le risque de formes graves voire mortelles, 3) les confinements ne servent à rien, comme l’ont montré notamment les travaux du fameux épidémiologiste John Ioannidis et comme en témoigne, par ailleurs, le cas de la Suède − qui n’a jamais confiné et a, au final, un taux de mortalité Covid nettement inférieur à ceux de pays très « confinateurs » comme la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou encore la Grande-Bretagne. En réalité, la bonne stratégie était celle proposée dès le départ par l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille : tester, isoler, soigner. Et 4) les vaccins ARN/ADN sont avant tout une aubaine financière pour l’industrie pharmaceutique anglo-américaine. Ils ont été mis au point en brûlant les étapes classiques de développement d’un nouveau médicament pour faire un maximum de profit, sur base d’un processus biologique rendu largement obsolète par les mutations du virus, testés sur des échantillons assez faibles numériquement et non-représentatifs de la population générale, validés par les « autorités sanitaires » sur la seule base des essais cliniques réalisés par les industriels eux-mêmes, développés dans le cadre de contrats iniques − qui exonèrent ces industriels de toute responsabilité au cas où les produits vendus ne tiendraient pas leurs promesses −, et qui provoquent des effets indésirables plus ou moins graves chez des personnes là aussi plus fragiles que d’autres, que les Etats n’auraient jamais dû chercher à vacciner de force.

 

Que pensez-vous de la polémique suscitée par la publication de vos travaux sur la « mortalité inédite » liée à quatre vaccins développés par Pfizer, Moderna, AstraZeneca et Janssen dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 ?

Les vaccins ARNm − et dans une moindre mesure ceux à adénovirus − sont présentés depuis près de deux ans comme une sorte de miracle technico-médical nous délivrant du risque de mort. C’est évidemment le discours des industriels, cela s’appelle du marketing, tout comme la prétendue protection « à 95 % », chiffre servant en réalité d’argument d’autorité, repris complaisamment par le gouvernement et les principaux médias. Mais c’est aussi celui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de ses principaux financeurs, qui sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne mais aussi, et de plus en plus, la Fondation Bill et Melinda Gates, dont on connait le credo idéologico-commercial de la vaccination mondiale.[1]− Voir le livre du journaliste indépendant Lionel Astruc, L’art de la fausse générosité. La fondation Bill et Melinda Gates, Actes Sud, 2019. Et c’est enfin le discours des Etats occidentaux, comme la France, dans lesquels les pouvoirs exécutifs en place au moment de l’épidémie ont misé toute leur stratégie politique sur la doxa du Covid et donc sur le vaccin comme fin de l’histoire. A partir de là, toute contestation doit être discréditée au plus vite pour que le storytelling puisse fonctionner tranquillement.

 

> Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il enseigne régulièrement dans les universités d’Aix-Marseille et de Corse. / Crédit DR.

 

Qui sont vos détracteurs ? Et quelles sont leurs motivations, selon vous ?

Demandez-vous qui mon discours dérange et vous aurez la réponse. Je dérange fondamentalement les industriels et le gouvernement, qui me font attaquer par leurs sbires, par le biais de ce que j’appelle « la bulle numérique », constituée par les médias et les réseaux sociaux, qui appartiennent principalement aux GAFAM [Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, NDLR]. C’est un des drames de cette histoire que d’avoir consacré la prédominance des réseaux sociaux et des formats numériques. Toute une génération semble s’imaginer que le débat scientifique se fait sur Twitter et que n’importe quel « youtubeur » à la mode peut s’autoriser à parler de science alors qu’il n’y connait pas grand-chose et ne fait souvent que répéter ce qu’on lui a dit de dire. Tout part de là, de ces nouveaux influenceurs type « No Fake Med », « Citizen science », « tronche » de ceci ou de cela, qui se présentent faussement comme neutres et indépendants, qui me harcèlent sur Twitter depuis le début, comme ils harcèlent tous ceux qui contredisent la doxa du Covid − à commencer, bien entendu, par l’IHU de Marseille et par la personne de Didier Raoult, qui fait l’objet d’une fixation quasi pathologique chez certains.

 

Toute une génération semble s’imaginer que le débat scientifique se fait sur Twitter et que n’importe quel « youtubeur » à la mode peut s’autoriser à parler de science alors qu’il n’y connait pas grand-chose et ne fait souvent que répéter ce qu’on lui a dit de dire.

 

Je vivais à peu près bien avec ça depuis un an et demi, et j’ai publié une soixantaine d’articles sur mon blog, avec 35 autres chercheurs, universitaires et médecins. Quand, soudain, un de mes articles, sur les effets indésirables des vaccins, donc, a été censuré par Mediapart sans aucune forme de dialogue − j’ai écrit à plusieurs reprises à la rédaction, qui ne m’a jamais répondu. Cette décision de Mediapart a joué un rôle important et m’a beaucoup nui. A partir de là, les influenceurs du Net se sont senti pousser des ailes. Ils se sont déchaînés et se sont mis à harceler aussi mon institution, le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), sur le mode « quand est-ce que vous ferez taire ce chercheur ? » ; bref, en usant de méthodes d’intimidation. A la fin de cette séquence, sont arrivés les moins courageux, les opportunistes, ceux qui profitent de l’aubaine pour régler des comptes parfois anciens. C’est notamment le cas des sociologues qui ont publié le 8 août dernier une très courte tribune de presse en forme d’injure, à laquelle j’ai facilement répondu tellement le niveau intellectuel de leur texte est faible. Seulement, je n’ai pas leur accès si étrangement facile à des médias majeurs comme Le Monde, et je suis presque seul sur les réseaux sociaux face une meute déchaînée, qui m’a attaqué, y compris électroniquement, en essayant de faire exploser ma boite mail.

Voilà pour l’essentiel. Le reste, ce sont des journalistes qui sont parfois devenus de véritables « chiens de garde » du pouvoir politique, comme l’annonçait déjà Serge Halimi il y a une quinzaine d’années. Et quelques personnes qui se présentent comme des « zététiciens » ou je ne sais quelle autre étiquette à la mode dont, à vrai dire, je n’ai jamais compris la plus-value sur le plan intellectuel et qui du reste, sur cette crise, ont fait généralement preuve d’un grand conformisme de pensée en épousant la doxa du moment.

 

Vos détracteurs précisément, notamment sociologues, vous ont accusé d’avoir « manipulé des données pour étayer une position idéologique ». D’autres, cette fois journalistes, ont même pu écrire que vos « mensonges tuent ». Que répondez-vous à ces accusations particulièrement virulentes ?

Je réponds que ce sont des accusations générales gratuites, moralisatrices − et même franchement ridicules dans le cas des journalistes que vous citez −, et non des arguments intellectuels. Les gens ne lisent pas, ils ne travaillent pas. Ils croient que l’on peut se débarrasser d’une contradiction en deux coups de cuillère à pot. Les huit collègues qui m’accusent dans Le Monde de manipuler des données ne sont pas du tout des spécialistes du sujet, aucun d’eux n’a travaillé sur la pharmacovigilance, ni même sur la crise sanitaire, plusieurs sont des retraités. Ils pratiquent un genre de sociologie de salon où l’on donne son avis sur des sujets sur lesquels l’on a un niveau de connaissance de type médiatique. Ainsi donc, après avoir travaillé des dizaines d’heures avec un médecin généraliste, un pharmacien hospitalier spécialiste de pharmacovigilance, une biologiste ancienne chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et deux collègues universitaires en informatique et mathématique, nous n’aurions rien compris à la question des effets indésirables ? Alors que nous consacrons plusieurs pages à discuter la question de l’imputabilité, de la causalité, nous aurions une simple « position idéologique » ? En retour, eux auraient tout compris en quelques minutes et seraient dans la pure science sans avoir jamais travaillé sur le sujet ? Diantre ! Ils sont trop forts ! Il est pourtant facile de retourner la question : qu’est-ce qui vous permet de dire que les effets indésirables constatés dans les jours mêmes qui suivent la vaccination n’ont aucun rapport avec cette injection ? Est-ce que ce n’est pas plutôt une telle affirmation qui constitue une « position idéologique » ?

 

 

Le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) a réagi à votre prise de position critique sur la campagne de vaccination du gouvernement. Qu’en pensez-vous ? Le CNRS est-il sous influence ?

Je pense que les choses sont plus simples. Il suffit d’en observer la chronologie. La censure de Mediapart a offert une opportunité inespérée aux influenceurs du Net qui ont harcelé le compte Twitter du CNRS dans les jours qui ont suivis. J’imagine que le ou la chargé(e) de communication du CNRS qui gère ce compte a dû paniquer au bout d’un moment. Il ou elle a donc prévenu sa hiérarchie, qui a dû paniquer un peu elle aussi, surtout si la chose est parvenue aux oreilles du cabinet de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La direction du CNRS s’est alors fendue d’un communiqué de presse disant que je m’exprimais en dehors de mon domaine de compétence et que mes propos n’engageaient que moi, ce qui, d’une part, est inexact et, d’autre part, enfonce une porte ouverte. L’inexactitude est de croire que je débarque tout d’un coup dans le champ politico-sanitaire avec je ne sais quelle obsession « anti-vax », ce qui est faux. Je suis là depuis un an et demi, en toute transparence − toute mon enquête est présentée sur une page dédiée, au sein de l’ensemble des programmes de recherche en cours dans mon laboratoire −, et je ne suis pas du tout « anti-vax ». J’espère même que des vaccins classiques, pasteuriens, seront bientôt commercialisés, comme le Valneva, issu de la recherche franco-autrichienne.

Quant au fait que mes propos n’engagent pas « le CNRS » en tant qu’institution nationale, c’est une évidence qui vaut pour n’importe quel chercheur. Bref, c’est un communiqué de circonstance, qui a cédé à la pression de la bulle numérique sans se renseigner vraiment sur ce dont il était question. Mais ce que je déplore le plus, c’est que la direction du CNRS n’ait pas rappelé aussi qu’il n’y a de science que dans le débat contradictoire, l’échange d’arguments précis et de données vérifiables. Finalement, dans toute cette histoire, personne ne m’a jamais dit en substance « vous soulevez un problème grave, cela mérite une discussion sérieuse que nous proposons d’organiser ainsi ». En réalité, il n’y a aucun débat, il n’y a que des anathèmes que les gens se jettent à la figure. Que cela soit la règle sur les réseaux sociaux est compréhensible à défaut d’être acceptable. Mais que cela devienne la règle générale dans la vie intellectuelle constitue une grave régression.

 

Il n’y a aucun débat, il n’y a que des anathèmes que les gens se jettent à la figure. Que cela devienne la règle générale dans la vie intellectuelle constitue une grave régression.

 

De manière plus générale, Internet et les réseaux sociaux n’ont plus grand chose à voir avec ce qui était présenté il y a vingt-cinq ans : des outils révolutionnaires qui allaient prétendument donner un nouveau souffle à la démocratie. On voit aujourd’hui que les géants du numérique et autres GAFAM sont avant tout des industries hautement lucratives, qui travaillent main dans la main avec les gouvernements et avec les principaux médias − qu’ils financent en partie −, et qui, au final, fabriquent une sorte de pensée unique à coups d’algorithmes sélectionnant les contenus et en « modérant » tous ceux proposés en ligne par les citoyens, c’est-à-dire en pratiquant une censure massive de tout ce qui contrevient au discours officiel de leurs partenaires institutionnels. J’en aurais une très longue liste d’exemples à discuter. Un de mes collègues sociologues, Romain Badouard, travaille sur ces sujets depuis plusieurs années. Je recommande la lecture de son dernier livre.[2]− Romain Badouard, Les nouvelles lois du Web : Modération et censure, Seuil, 2020.

 

En quoi les centaines de décès que vous avez révélés sont-ils imputables aux vaccins anti-Covid ?

L’erreur de base de la plupart de mes détracteurs − qu’ils soient journalistes, simples youtubeurs ou universitaires − est le simplisme. Pour les esprits simples, le monde se divise en noir ou blanc, pour ou contre, ami ou ennemi. Dans ce monde manichéen enfantin, la causalité est simple également : c’est oui ou c’est non. Je dirais oui, ils disent non. J’aurais tort, ils auraient raison. Et l’histoire serait finie. C’est atterrant. La réalité, c’est la complexité et la diversité. Il y a rarement une causalité simple dans la mort pour raisons médicales. La plupart des personnes dont le décès a été imputé à la Covid depuis février 2020 sont en réalité des personnes qui soit étaient déjà en fin de vie et avaient une espérance de vie très réduite, soit − ou en plus − souffraient de ce qu’on appelle des « comorbidités » importantes, d’origines diverses. Elles ne sont donc pas mortes uniquement à cause du virus. Et bien c’est la même chose avec les décès associés aux injections de vaccins ARN/ADN en pharmacovigilance. Les gens qui développent des effets indésirables graves, mortels ou non, sont très probablement des personnes déjà fragiles − fragilités allergiques, cardiaques, neurologiques, etc. −, à qui l’on n’aurait jamais dû administrer ces vaccins d’un nouveau type, sans parler des effets à long terme ni des effets sur les embryons portés par les femmes enceintes que l’on a également vaccinées, effets qui sont tout simplement inconnus.

 

 

Quelle est votre opinion concernant les vaccins développés depuis le début de la pandémie pour lutter contre le Covid-19 ? Et pourquoi demandez-vous une « suspension » de la campagne vaccinale ? S’agit-il d’exercer le principe de précaution ?

Oui ! Pourquoi ce principe de précaution, que l’on met pourtant désormais un peu à toutes les sauces, a-t-il soudainement disparu des consciences ? Comment peut-on ainsi vacciner quasiment à l’aveugle, de façon industrielle, dans des « vaccinodromes », au mépris des plus élémentaires précautions ? Comment certains médecins spécialistes en « plateaux télés » peuvent-ils souhaiter même la vaccination des enfants, qui ne risquent pourtant rien du tout, et des femmes enceintes, qui risquent tout de ces produits dont on ignore les effets à long terme ? Qu’est-ce que c’est que cette espèce de religion vaccinale ?

 

Pourquoi le principe de précaution, que l’on met pourtant désormais un peu à toutes les sauces, a-t-il soudainement disparu des consciences ? Qu’est-ce que c’est que cette espèce de religion vaccinale ?

 

Le seul argument de type scientifique que j’ai entendu est celui de l’immunité collective. Mais toute personne qui lit réellement la littérature scientifique sait que c’est un mirage, que ce coronavirus passe son temps à recombiner pour faire naître des variants − dits « anglais », « brésilien », « sud-africain », « indien », etc. −, que la vaccination ne protège pas de la contamination et de la transmission avec ces variants − ce qui invalide le fondement même de ce « pass sanitaire » incroyablement discriminatoire −, qu’elle a une durée d’efficacité très limitée − à peine plus de six mois de l’aveu même du patron de Pfizer − et qu’en fin de compte l’immunité naturelle, celle des gens qui ont été contaminés à un moment donné, est bien plus efficace et bien plus durable.

 

Vous parlez d’« idéologie de la vaccination intégrale » portée par les industries pharmaceutiques, les gouvernements et les principaux médias. La stratégie vaccinale, qui est mise en œuvre aujourd’hui de façon « aveugle et uniforme », dites-vous, n’est « ni de la science ni de la médecine ». C’est-à-dire ?

Cela découle de tout ce que nous venons de dire. Si nous étions dans une démarche rationnelle de type scientifique et médicale, la vaccination ARN/ADN devrait être réservée aux personnes qui 1) en ont vraiment besoin, c’est-à-dire qui ont de réels risques de faire des formes graves de Covid si elles sont contaminées, 2) après un examen approfondi de leur état de santé général par leur médecin traitant, afin d’évaluer la balance bénéfice/risque au cas par cas, 3) avec leur consentement libre et éclairé − question d’éthique médicale et de démocratie générale qui ne devrait même pas se discuter. C’est tout le contraire de cette vaccination industrielle de masse, pratiquée de façon quasiment aveugle sur toute la population, rendue obligatoire par un chantage à la discrimination − si tu ne te vaccines pas, tu ne pourras plus travailler, tu ne pourras plus aller voir un spectacle ou manger au restaurant, tes enfants ne pourront plus aller à l’école, etc. −, doublé d’un chantage politique − si tu ne te vaccines pas, tu es suspect d’avoir des sympathies pour le complotisme et/ou l’extrême droite − et d’une imposture morale − si tu ne te vaccines pas, tu menaces tes concitoyens. C’est ce que j’appelle l’idéologie de la vaccination intégrale et je considère, en effet, que ce n’est ni de la science ni de la médecine.

 

Quelles ont été les suites politiques, institutionnelles et scientifiques à votre alerte ? Pourquoi, selon vous, n’y a-t-il pas encore eu d’enquêtes parlementaires et/ou scientifiques indépendantes sur les faits que vous avez révélés ?

Il n’y a eu aucune suite à ma connaissance. Pour qu’il y ait une enquête parlementaire, il faudrait qu’il existe soit une tradition parlementaire forte, ce qui n’est pas le cas du régime semi-présidentiel français qu’organise la constitution de la Vème République, soit une réelle opposition, ce qui n’est pas le cas non plus. Les parlementaires sont soit complices du gouvernement actuel − c’est le cas notamment de ce qui reste du Parti socialiste −, soit divisés et/ou trop frileux − c’est le cas de la droite classique, des écologistes et de la France insoumise. Certes, il existe des personnalités très courageuses qui assument leur désaccord global, comme Martine Wonner ou Michèle Rivasi, mais elles sont isolées. Les seuls groupes ou courants politiques qui contestent la politique du gouvernement se situent du côté de l’extrême-droite, qu’ils soient sincères ou juste opportunistes. Du coup, il est facile de jeter l’anathème sur les voix non-conformistes comme la mienne. Encore une fois, cela ne peut toutefois venir que de gens mal intentionnés ou ignorants. En effet, je combats l’extrême-droite et son idéologie raciste depuis toujours. J’y ai même consacré l’intégralité de mon dernier livre paru début 2020.[3]− Laurent Mucchielli, La France telle qu’elle est. Pour en finir avec la complainte nationaliste, Fayard, mars 2020. Mais peu importe ma personne, le problème général est que des millions de gens ne sont politiquement représentés par personne dans ce qui constitue pourtant à mes yeux une opposition classique entre le bien commun et la chose publique, d’une part, et des intérêts commerciaux et financiers privés, d’autre part.

 

 

Quant à mes collègues universitaires, pour la plupart ils sont soit pris comme les autres dans la logique de la doxa − et ils croient donc naïvement ce qu’ils lisent dans la presse −, soit tétanisés par le niveau de violence du débat public et restent donc silencieux. Quand on voit ce que je subis, on peut les comprendre d’ailleurs. Mais il reste néanmoins beaucoup de gens qui ne sont pas d’accord avec ce qui se passe et qui n’ont pas peur de le dire. La dernière tribune collective que j’ai suscitée fin août, en défense de la liberté d’expression et en appel à un véritable débat contradictoire, a été signée par près de 3 000 universitaires, professionnels de la santé, de l’éducation, de la culture et du droit.[4]− Voir le site internet Quartier Général.

 

Quelle est l’influence des « Big Pharma » sur les revues scientifiques à comité de lecture, d’une part, et sur les agences de régulation sanitaire et le pouvoir politique, d’autre part ?

Vaste et crucial sujet ! Cette influence est à la fois majeure et très insidieuse. Elle se niche en effet jusque dans la production scientifique elle-même. Là encore, toute personne honnête intellectuellement l’a compris, au moins depuis la fin du mois de mai 2020 avec l’affaire du Lancet dite « LancetGate ». Voilà une des trois ou quatre revues scientifiques les plus prestigieuses du monde, qui a publié tranquillement, après prétendue expertise par un comité de lecture, un article qui constitue pourtant une fraude majeure. Seulement voilà, cette fraude arrangeait à la fois les industriels et les gouvernements qui les suivent puisqu’il s’agissait de « prouver » que l’hydroxychloroquine était non seulement inefficace mais même dangereuse. C’est faux mais cela permettait de tuer l’idée de traitement précoce pour laisser la voie libre à l’idéologie vaccinale. Le lendemain même, en France, Olivier Véran annonçait sur Twitter − tiens, on croyait que c’était réservé à Trump ! − qu’il suspendait l’autorisation d’usage de cette molécule à l’hôpital, après l’avoir interdite de prescription aux médecins généralistes dès la fin du mois de février 2020.

 

Justement, que pensez-vous de la gestion politico-sanitaire de la crise épidémique par le gouvernement ? Assistons-nous à un virage autoritaire inquiétant pour les temps à venir ?

Cette gestion politico-sanitaire piétine nombre de libertés et de principes fondamentaux du droit. J’observe d’ailleurs que, dans d’autres pays, y compris voisins − l’Espagne, par exemple −, plusieurs décisions politiques ont été censurées par les cours suprêmes. Un des problèmes est que, en France, le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ne sont pas réellement indépendants du pouvoir politique.

 

L’ombre du contrôle social à la chinoise se rapproche de plus en plus au nom de la « modernité » technologique. Et nous sommes peu nombreux à nous en préoccuper sérieusement.

 

Quoi qu’il en soit, la seule chose qui m’inquiète vraiment à titre personnel, c’est effectivement l’avenir de notre démocratie. Je l’écrivais déjà avant cette crise, quand j’analysais l’évolution des politiques sécuritaires depuis le tournant politique de 2002.[5]− Sous la dir. de Laurent Mucchielli, La frénésie sécuritaire. Retour à l’ordre et nouveau contrôle social, La Découverte, 2013, et Laurent Mucchielli, Vous avez dit sécurité ?, Champ … Continue reading Je le dis encore plus aujourd’hui en constatant que la « crise sanitaire » sert de prétexte à un renforcement sans précédent du pouvoir exécutif au détriment de tous les autres, en lien, par ailleurs, avec un usage débridé des technologies de surveillance numérique. Nous serons bientôt totalement dépendants de notre smartphone, donc de ceux qui contrôlent notre smartphone, dans presque toutes les dimensions de notre vie. L’ombre du contrôle social à la chinoise se rapproche de plus en plus au nom de la « modernité » technologique. Et nous sommes peu nombreux à nous en préoccuper sérieusement, comme le fait, par exemple, l’association La Quadrature du Net.

 

Que pensez-vous de la couverture médiatique de la crise politico-sanitaire en France ?

Les journalistes ont peu à peu perdu toute indépendance vis-à-vis de leurs financeurs, qui sont non seulement les milliardaires les ayant rachetés au fil du temps, mais aussi le gouvernement, qui les subventionne chaque année, et les géants du numérique, qui les financent de plus en plus. Une nouvelle génération de journalistes a profité de la « révolution numérique » pour imposer la centralité du journalisme de « fact-checking », qui est en réalité un genre de journalisme low-cost. Le résultat est que des jeunes journalistes, qui ne sont spécialistes de rien, qui ne sortent jamais de leurs bureaux, qui s’informent sur Internet et sur Twitter, se croient autorisés à trancher le vrai du faux sur n’importe quel sujet. C’est une catastrophe intellectuelle car, en étant coupés du terrain, ils sont évidemment encore plus influençables et encore plus conformistes que les autres. Le vrai journalisme, le journalisme de reportage local ou d’investigation générale, celui qui nous apprend véritablement quelque chose, a quasiment disparu. Et ceci est également très préoccupant pour la santé de notre démocratie.

 

Pourquoi, selon vous, les forces politiques de gauche sont-elles inaudibles dans la gestion politico-sanitaire de la crise et pourquoi sont-elles si réticentes à critiquer la campagne de vaccination et l’instauration du pass sanitaire ?

C’est une question difficile. Il faudrait le renfort de politologues plus compétents que moi. Pour ma part, je constate que la gauche est en crise générale. Il y a d’abord une crise intellectuelle ancienne. Avec d’autres, comme mon collègue Laurent Bonelli, par exemple, j’ai eu souvent l’occasion de montrer dans mes travaux sur la sécurité que la gauche avait perdu la bataille intellectuelle depuis longtemps, en s’alignant progressivement sur les positions idéologiques de la droite. C’est surtout le cas du Parti socialiste, qui a commencé à renier ses valeurs dès la fin des années 1990 et qui a fini par en mourir sous le quinquennat de François Hollande, dans le contexte des attentats dits « islamistes », avec des personnalités très sécuritaires, comme Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve. Et, sur la crise sanitaire, on voit bien comment ce qui reste du Parti socialiste soit se tait − et qui ne dit mot consent −, soit affiche un soutien total à la politique macroniste, à l’instar de parlementaires comme Bernard Jomier et Patrick Kanner, qui sont même dans la surenchère sur l’obligation vaccinale.

 

 

Les Verts sont également en crise identitaire, en plus d’une sorte de crise permanente de leadership. Et leur leader actuel, Yannick Jadot, s’est clairement aligné, lui aussi, sur le discours macroniste à propos de la crise sanitaire. Quant à la France insoumise, qui a au contraire un leadership excessif et pesant, elle n’a jamais réussi à sortir de son ambivalence sur la crise sanitaire. D’un côté, ce parti politique est le seul à avoir clairement dénoncé la régression démocratique que nous observons depuis mars 2020. Mais, d’un autre côté, il est depuis le départ incapable de remettre en cause de façon un peu globale et intellectuellement structurée la politique sanitaire conduite par Emmanuel Macron. Du coup, il subit, lui aussi, le chantage à la proximité d’avec l’extrême-droite, qui est à la base de la stratégie politico-électorale du président.

 

Le chantage à la proximité d’avec l’extrême-droite est à la base de la stratégie politico-électorale d’Emmanuel Macron.

 

Cette ambivalence s’est bien vue à propos du pass sanitaire et des manifestations qui ont lieu tous les samedis depuis le discours présidentiel du 12 juillet. Ces manifestations sont caricaturées par le pouvoir politique, et les médias mainstream qui le soutiennent, comme résultant de prétendus groupes d’extrême-droite anti-vax. Une caricature qui rappelle celle subie par les Gilets jaunes au début de leur mouvement. Or, ceci est faux et je suis bien placé pour le savoir, ayant participé à plusieurs de ces manifestations en province. En réalité, ce sont des millions de personnes, de tous horizons sociaux et politiques, qui se retrouvent car elles n’en peuvent plus de cette gestion autocratique, de cette manipulation permanente des émotions − à commencer par la plus forte d’entre elles, la peur − et de ce piétinement répété des libertés et droits fondamentaux. Des millions de personnes qui, du coup, sont largement orphelines politiquement, la plupart d’entre elles n’ayant rien à voir avec l’idéologie d’extrême-droite.

Propos recueillis par Anthony Laurent, rédacteur en chef / Sciences Critiques.

 

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References

References
1 − Voir le livre du journaliste indépendant Lionel Astruc, L’art de la fausse générosité. La fondation Bill et Melinda Gates, Actes Sud, 2019.
2 − Romain Badouard, Les nouvelles lois du Web : Modération et censure, Seuil, 2020.
3 − Laurent Mucchielli, La France telle qu’elle est. Pour en finir avec la complainte nationaliste, Fayard, mars 2020.
4 − Voir le site internet Quartier Général.
5 − Sous la dir. de Laurent Mucchielli, La frénésie sécuritaire. Retour à l’ordre et nouveau contrôle social, La Découverte, 2013, et Laurent Mucchielli, Vous avez dit sécurité ?, Champ social Editions, 2012.

6 Commentaires

  1. Merci beaucoup pour votre parole libre et votre contribution essentielle à la vie démocratique. Merci également pour votre engagement moral, professionnel, éthique, et votre ténacité face à tous ceux qui veulent vous discréditer. Il nous faut relayer vos travaux et analyses. J’espère que les gens vont se réveiller et comprendre le sens réel de ce qui leur est imposé. Cette épidémie est l’occasion d’exercer une politique « sanitaire » qui n’a rien de sanitaire et au contraire attaque les fondements des libertés et de la vie en société. La France Insoumise et/ou tout rassemblement à gauche vont-ils enfin s’engager et se positionner contre cette politique morbide et liberticide ? Il y a urgence à débattre de ce qui se passe actuellement. Beaucoup de ceux qui pensent encore que le vote sert à l’expression citoyenne l’attendent expressément. Tellement ont déjà renoncé et renoncent chaque jour, dégoûtés… C’est tellement mieux de régner quand tout le monde est divisé ! Et quand toute contestation est décrédibilisée, étouffée…

  2. Bonjour
    Les informations détaillées sur les vaccins, les traitements et l’épidémiologie du Covid-19 sont publiées dans la littérature scientifique internationale. C’est là qu’un débat peut avoir lieu en suivant les règles de précision, de documentation et de contradiction propres à la communauté scientifique. Même si elles ne sont pas parfaites elles garantissent une qualité d’information infiniment meilleure que la grande presse, les blogs, les sites internet et les réseaux sociaux. Si on fait l’effort d’aller s’y informer, le consensus qui s’en dégage ne conforte pas les positions de Mr. Mucchielli.
    Bien cordialement.
    Slim

  3. Merci pour cet interview. Je découvre votre site avec plaisir. Il reste quelques lieux où l’on pratique le journalisme!
    Tout mon soutien à Laurent Mucchielli pour son travail, et son courage.

  4. Juste un grand merci pour cet exposé qui traduit si bien ce que nous sommes nombreux à penser et subir. Toute discussion sur ces sujets brûlants est impossible, même avec d’excellents amis. J’espère que la lecture de ce texte finira par les faire réfléchir, ou tout au moins entamera quelques certitudes imposées par les autorités.

    Je suis effondrée de voir qu’aucun parti politique y compris EELV auquel j’adhère, ( ce qui est encore plus grave au vu de nos valeurs revendiquées) n’ose s’opposer au discours jupitérien. La raison qu’ils invoquent est de ne pas soutenir l’extrême droite! Quelle erreur politique.! C’est précisément comme ça qu’ils vont jeter une partie de la population dans leurs bras. A croire qu’ils le font exprès pour enclencher la machine à perdre.

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