« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » (Carl E. Sagan)

Promouvoir la recherche participative
par François Veillerette et Christian Vélot

La science et les technologies entraînent de profondes transformations sociales, politiques, éthiques et juridiques qui exigent une régulation démocratique. La recherche participative, qui repose sur un partenariat équilibré et une co-construction du savoir entre chercheurs institutionnels et organisations de la société civile ou groupes de citoyens, fait partie intégrante de ce processus de démocratisation de la science. Exprimez-vous !

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> François Veillerette et Christian Vélot, respectivement président-fondateur de l'association Générations futures et maître de conférences en génétique moléculaire à l'Université Paris-Sud.

L

A RECHERCHE et l’innovation sont aujourd’hui essentiellement pilotées par des intérêts industriels à court terme.

Or, la science et les technologies entraînent de profondes transformations sociales, politiques, éthiques et juridiques qui exigent une régulation démocratique.

Un fossé s’est creusé entre les citoyens et les scientifiques, lesquels n’inspirent plus la confiance mais la méfiance.

Comment pourrait-il en être autrement après les grands désastres sanitaires et environnementaux des dernières années (amiante, PCB, farines animales, catastrophes nucléaires, etc.) ?

Retisser les liens entre scientifiques, décideurs politiques et citoyens implique :

> d’intégrer, très en amont, dans les politiques publiques de recherche les enjeux sociétaux de la science ainsi que les outils de son orientation démocratique ;

> d’ouvrir aux organisations de la société civile les capacités d’élaboration des connaissances scientifiques et d’expertise. Comment concevoir, par exemple, le développement d’un projet de recherche agricole sans interagir étroitement avec ceux qui ont inventé l’agriculture, et qui ne sont pas les chercheurs, ni même les agronomes, mais les paysans ?

 

CAP A PRENDRE

 

> Le texte "Promouvoir la recherche participative", que nous publions ici dans son intégralité, est paru dans le livre "Et nous vivrons des jours heureux" (Actes Sud, novembre 2016).

La recherche participative, qui repose sur un partenariat équilibré et une co-construction du savoir entre chercheurs institutionnels et organisations de la société civile ou groupes de citoyens, fait partie intégrante de ce processus de démocratisation de la science.

À l’image du programme canadien ARUC (Alliances de Recherche Universités-Communautés), quelques programmes de recherche participative ont vu le jour en France au niveau régional. Il faut les généraliser aux niveaux national et européen.

Une révision du Crédit d’Impôt Recherche (CIR), très inefficace, permettrait largement le financement de tels programmes. Censé favoriser l’emploi scientifique et l’investissement des entreprises dans la recherche, le CIR est en effet une niche fiscale massivement utilisée à d’autres fins par les plus grandes entreprises.

Par exemple, le géant pharmaceutique Sanofi a supprimé 2 000 emplois dans son secteur de recherche-développement ces dernières années, alors qu’il bénéficie depuis 2008 de 125 à 130 millions d’euros par an d’abattements fiscaux au titre du CIR.

Une étude de l’association « Sciences en marche » estime à 6 milliards d’euros le montant du détournement à l’échelle du pays entre 2007 et 2012, soit 40 % du montant du CIR.

 

ACTIONS IMMÉDIATES

 

A. Redéployer la partie du CIR dédiée aux grandes entreprises vers des programmes de recherche participative et vers une expertise transparente et contradictoire des technologies et de leurs produits.
> Exprimez-vous !

B. Ouvrir la science à la société civile dans le domaine de l’expertise.

La part de plus en plus importante laissée à l’industrie dans les programmes de recherche conduit inévitablement à de graves dérives, et notamment à une carence et une opacité des évaluations sanitaire et environnementale. Le temps que demandent ces évaluations n’est en effet pas compatible avec l’urgence des brevets et des profits, et la protection industrielle justifie l’absence de communication des données brutes sur les risques.
> Exprimez-vous !

C. Donner à la recherche publique les moyens nécessaires, sans qu’elle ait à faire appel aux fonds privés, avec une participation effective des citoyens dans la définition des priorités.
> Exprimez-vous !

D. Sur la base des recommandations faites par l’association « Sciences Citoyennes » :

- Intégrer des programmes de recherche participative dans tous les programmes régionaux et nationaux de recherche et d’innovation ;

- Créer et reconnaître des critères d’évaluation pour les chercheurs engagés dans des projets de recherche participative ;

- Soutenir la mobilité professionnelle des chercheurs vers des organisations de la société civile à but non lucratif.
> Exprimez-vous !

François Veillerette et Christian Vélot

> Photo à la Une : Matt Cornock / Licence CC.

 

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4 commentaires

  1. Rastapopoulos oublie qu’il y a de nombreuses personnes qui ont été formé à la recherche scientifique et qui la poursuive sans faire partie d’un laboratoire. C’est notamment le cas en archéologie. Il ou elle oublie également qu’il y a des personnes qui ne sont pas passées par une formation, mais qui montre des prédispositions suffisante pour réaliser une recherche de qualité. C’est souvent au niveau de la publication que le problème se pose.

    Conclusion : faciliter la relation entre professionnel et bénévole serait déjà un grand pas en avant.

    Par ailleurs, si le scientifique dispose d’une expertise, il est également soumis à des habitus. Ces derniers génèrent des problématiques qui tournent en bouclent. Il y a également une différence entre présenter un travail à des pairs et le présenter à des personnes qui ne connaissent pas le domaine. Or ce qui est maîtrisé doit pouvoir être présenté de clair. Enfin, Un scientifique n’est pas qu’un autre individu dégagé des questions de conflits d’intérêts.

    Conclusion : Faciliter la relation entre scientifique (professionnel comme bénévole) et citoyen apporterait des idées neuves et une remise en cause de ce qu’il fait par rapport à ce qu’il pense faire saine pour maintenir cet esprit critique indispensable à toute démarche scientifique.

    D’autres qualités et valeurs sont bien mise en évidence par Gérard WEIL qui justifient d’une relation plus approfondies avec la Société. Cependant, il est vrai que les outils manquent. Un outil comme un organisme permettant de recueillir les problèmes éthiques quel que soit le domaine de recherche par exemple. Cette question s’est d’ailleurs posée lors du travail sur la norme de recommandation NF X50-553 sur le Management des activités de recherche pour laquelle aucun des participants n’a trouvé de réponse alors que la question a été posée par des représentants de la société civile.

    Mettre en place un cercle vertueux entre des organismes publics, des organismes privés qu’ils soient de type industriel ou associatif et des citoyens (des individus isolés mais soucieux de participer) serait des plus salutaire.

  2. Confusion courante (voulue) entre science et technologie. La science en tant que connaissance est neutre. L’activité scientifique est complexe, il faut 10 à 15 ans pour former un chercheur. Comment imaginer que n’importe qui sans formation particulière puisse s’immiscer dans le processus scientifique pour l’orienter. Ce genre de tribune ressemble à du populisme. Plutôt que de la mobilité des chercheurs vers des ONG qui n’ont aucune culture scientifique (quel interêt pour la société qui paye les salaires des chercheurs pour faire de la recherche?) il vaudrait mieux encourager la mobilité des responsables d’ONG vers les laboratoires ou ils apprendrons les méthodes de la science.

  3. Vous écrivez: « celle de nouveaux savoir-faire sous l’égide des marchés et d’une accélération des projets prométhéens engage la responsabilité des scientifiques. Les conséquences sur les humains, les sociétés et la nature sont telles qu’elles nécessitent le contrôle par la société. »

    Oui, mais quelle société. Celle des électeurs? Permettez-moi de dire, que dans l’état actuel des choses, les électeurs ne sont pas fiables, ils votent en fonction de leurs émotions et non de données du réel.

    Ecoutez les candidats à la présidentielle, ils caressent l’opinion dans le sens du poil, ce qu’ils proposent n’est que très partiellement fondé sur la réalité et de plus reflète leur personnalité. Par exemple, ils parlent beaucoup d’assurer la sécurité des citoyens. Mais quelle sécurité? Celle des routes, de la pollution, de la nourriture? Non, ils parlent de ce qui fait peur aux citoyens, les attentats. Or des études scientifiques ont montré que nous avons une chance sur 15 millions de mourir dans un attentat, et je crois, une sur 5000 de mourir en voiture.

    C’est pourquoi je pense qu’il est urgent que des scientifiques prennent la direction des affaires d’Etat, des scientifiques indépendants, chercheurs au service de l’Etat et non des multinationales, évidemment.

    La recherche scientifique nécessite patience, persévérance, humilité devant les faits, imagination, logique, esprit critique, prudence, etc, toutes qualités nécessaires à la gestion des affaires d’Etat. Il faut aussi un esprit de décision qui peut manquer à certains chercheurs et surtout, de l’empathie pour le règne du vivant, comme vous le dites de l’éthique. A cet égard, quand cessera-t-on de faire souffrir des cobayes pour étudier les maladies?

    Présentez-vous aux élections !

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