Alors que l’IA poursuit son déploiement à marche forcée, les discours officiels tentent à se focaliser sur son acceptation et sa régulation, laissant de côté les conséquences environnementales de cette technologie. Un nouveau rapport des Nations Unies propose de combler cette lacune.
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Avec son grand plan national Osez l’IA lancé en juillet 2025, le gouvernement français cherche à accélérer encore la diffusion de l’intelligence artificielle dans les entreprises, au mépris de tout principe de précaution. Pourtant, un nouveau rapport des Nations Unies invite à la prudence : les ravages écologiques de l’IA sont bien réels, et ils creusent les fractures sociales à travers le monde.
Le 3 juin 2026, pour son 30e anniversaire, l’Institut de l’Université des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH) a publié un rapport qui examine l’empreinte environnementale de l’énergie nécessaire au fonctionnement de l’intelligence artificielle : « Coût environnemental de l’intelligence artificielle : empreintes carbone, eau et terres ».
ADAPTER UN POINT DE VUE GLOBAL
C’est à travers ses conséquences sociales, économiques et géopolitiques que le débat public interroge généralement le déploiement de l’IA, vu comme une conséquence irréversible et naturelle du « progrès technique ». Dès lors, il ne s’agit plus tant de savoir comment ou s’il faut même développer l’intelligence artificielle, que de chercher des moyens de « vivre avec » : empêcher la désinformation, s’adapter à la désorganisation du travail qu’elle engendre ou aux risques qu’elle fait peser sur la sécurité des données personnelles.
Ces débats laissent de côté une question essentielle : l’empreinte écologique de ses infrastructures matérielles et ses conséquences en termes de gestion des ressources et des territoires. Car une IA n’est pas qu’une suite de commandes informatiques flottant dans un « cloud » éthéré. Elle dépend avant tout d’infrastructures concrètes : matériaux électroniques, centres de données (ou data centers), réseaux électriques, systèmes de refroidissement, etc. Chaque élément de cette chaîne exerçant des pressions sur les ressources naturelles.
Le rapport de l’UNU-INWEH propose donc d’examiner l’IA à l’aune de ses émissions carbone, de l’usage de l’eau, de la terre et des ressources électriques nécessaires à son déploiement, pour mettre au jour les diverses contraintes qui s’exercent tant sur les écosystèmes que sur les populations.
« Le centre de données de Google à Mesa, en Arizona, dispose d’un permis lui permettant d’utiliser 5,5 millions de mètres cubes d’eau par an. Ce volume pourrait couvrir les besoins annuels en eau de base d’environ 753 000 personnes en Afrique subsaharienne. »
Que retenir de ce rapport ? D’abord que « les coûts environnementaux de l’IA dépendent non seulement de la quantité d’électricité consommée, mais aussi de son lieu de production et des sources d’énergie utilisées. » Autrement dit, les pressions ne s’exercent pas sur tous les territoires de la même manière, selon les capacités énergétiques, le développement des infrastructures numériques et les disponibilités en ressources.
En 2025, tous les data centers actuellement en service ont consommé 448 TWh d’électricité. Si l’IA était un pays, il occuperait la 11e place du classement des pays les plus énergivores de la planète. Si la tendance actuelle se poursuit, la demande en électricité des centres de données pourrait pratiquement doubler pour atteindre 945 TWh d’ici 2030, pour une empreinte carbone annuelle de 399 millions de tonnes de CO₂.
La consommation d’eau devrait elle aussi exploser, les data centers pouvant utiliser des millions de litres d’eau par jour, souvent puisés dans des régions déjà confrontées à la sécheresse ou à l’épuisement des nappes phréatiques. Selon le rapport de l’UNU-INWEH, « le centre de données de Google à Mesa, en Arizona, dispose d’un permis lui permettant d’utiliser 5,5 millions de mètres cubes d’eau par an, soit suffisamment pour remplir environ 2 200 piscines olympiques. Ce volume pourrait couvrir les besoins annuels en eau de base d’environ 753 000 personnes en Afrique subsaharienne, à raison de 20 litres par personne et par jour. »
UNE QUESTION DE GOUVERNANCE
Au-delà des aspects techniques et des conséquences environnementales globales, le rapport pointe aussi l’importance des questions de gouvernance, de politique et de justice posées par l’IA. L’objectif est de limiter tant que faire se peut l’accroissement des inégalités qu’elle engendre. D’une part, les profits sont privatisés tandis que les coûts sont socialisés. Les communautés voisines de ces infrastructures étant probablement les plus touchées.
D’autre part, les pays aux infrastructures numériques les plus limitées – bien qu’ils en évitent les pollutions – subissent le « manque d’accès à la capacité de calcul, aux services numériques et à l’innovation fondée sur l’IA, ce qui renforce la fracture numérique mondiale et ses implications économiques et sécuritaires ».
Enfin, loin de remettre en cause le déploiement de l’IA à large échelle, ce rapport propose tout de même une responsabilisation des usages. Les Nations Unies proposent ainsi des indicateurs solides pour visibiliser les empreintes carbone, hydrique et foncière de l’IA. Charge à nos politiques de s’en saisir pour éviter de faire porter la charge du numérique sur les communautés les plus vulnérables.
Alexandre Morales, journaliste / Sciences Critiques.
> Illustration de Une : » The Environmental Impact of Data Centers in Vulnerable Ecosystems » de Gloria Mendoza (Crédit: https://betterimagesofai.org / CC)