Face à l’entrisme des intérêts privés et des logiques capitalistes dans la recherche publique, la résistance s’organise. Du 16 au 22 février dernier, la jeune coalition Stop Recherche Complice a organisé une semaine d’actions partout en France, pour « visibiliser, alerter et perturber ».
* * *
La recherche publique doit cesser de soutenir les « entreprises impérialistes, fascistes, et aux projets coloniaux ». Pour le collectif Stop Recherche Complice (SRC), qui regroupe des étudiants, des chercheurs, des professeurs, des syndicalistes ou encore des militants associatifs, le mot d’ordre est on ne peut plus clair. Du 16 au 22 février dernier, les instigateurs de SRC ont lancé un appel national pour une première semaine d’actions, de perturbation et de révélations.
Partout en France, universités et établissements de recherche collaborent avec des entreprises privées connues pour leurs activités militaires, écocidaires et mortifères, au premier rang desquelles Dassault, Thales ou MBDA. Ces collaborations peuvent prendre la forme de programmes de recherche partagés ou encore de soutiens financiers, via le mécénat par exemple[1]– Lire La recherche publique toujours plus dépendante des intérêts privés. .
UNE COALITION DE RÉSISTANCE
Face à ce constat, militants, étudiants et chercheurs se sont progressivement réunis au sein d’une « coalition de résistance » aux contours larges : syndicats étudiants, collectifs en soutien à la Palestine, collectifs autonomes, groupes écologistes, etc. Et fin 2025, Stop Recherche Complice publiait un appel à la mobilisation dans lequel ses membres dénonçaient une recherche publique « phagocytée » par les intérêts privés. Ils appelaient à « rompre l’impunité dans laquelle ces entreprises prospèrent au sein [des] universités ». Une ambition portée par plus d’une vingtaine d’organisations signataires, de Scientifiques en Rébellion à Universitaires avec Gaza, en passant par Les Soulèvements de la Terre.
Partout en France, universités et établissements de recherche collaborent avec des entreprises privées connues pour leurs activités militaires, écocidaires et mortifères.
La semaine du 16 au 22 février a donné la mesure du mouvement. À l’INSA Toulouse, un rassemblement a obtenu l’annulation de la venue d’Airbus Defence. À Centrale Supélec, des étudiants de Paris-Saclay ont interrompu un discours lors du sommet « Choose Science » pour dénoncer les partenariats avec des entreprises comme Thales, fournisseur de l’ICE américain, l’agence européenne de garde-frontières, Frontex ou encore l’État d’Israël. À Montpellier, des collages ont mis en lumière les liens de l’université avec de nombreux industriels. AgroParisTech, occupée une première fois en janvier, a été à nouveau le théâtre d’une importante mobilisation, cette fois pour exiger la rupture de l’école avec l’agro-industrie.
RENDRE VISIBLES LES COMPLICITÉS
Au-delà de l’action directe, le collectif Stop Recherche Complice s’est doté d’outils d’enquête : des cartographies des partenariats avec le privé et ses influences, des rapports sur les liens entre enseignement supérieur et recherche et l’État israélien, ainsi qu’avec les entreprises d’armement françaises. L’objectif est de rendre visibles des complicités souvent dissimulées derrière des intitulés de projets de recherche abstraits. « Les descriptions […] de ces programmes ne permettent pas toujours d’identifier leurs applications mortifères : c’est souvent au niveau du financement que tout s’éclaire », souligne l’appel.
Pour Stop Recherche Complice, la question ne se résume pas à trouver de meilleures sources de financement. Il s’agit de repenser en profondeur la place de la recherche dans la société : « Libérer la recherche, c’est la sortir des logiques capitalistes, c’est refuser la concurrence techno-scientifique mondialisée. » Une ambition qui pourrait bien marquer le début d’un mouvement durable au sein des universités françaises.
Alexandre Morales, journaliste / Sciences Critiques.
> Photo de Une : Ensemble d’avions expérimentaux de la NASA développés avec l’armée américaine (Crédit : Tony Landis/NASA – Wikicommons)
Notes[+]