« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. »
(Carl E. Sagan)

Covid-19 : un «collaborateur» encombrant à l’OMS

Selon une ONG états-unienne, l’actuel directeur scientifique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Jeremy Farrar, qui s’ingénie depuis des années à étouffer la thèse du virus échappé d’un laboratoire pour expliquer l’origine du Covid-19, a collaboré par le passé avec Peter Daszak, un scientifique britannique qui, jusqu’à récemment encore, travaillait étroitement avec le laboratoire chinois aujourd’hui suspecté d’être à l’origine de la fuite du virus responsable de la pandémie.

Plus de cinq ans après le début de la pandémie de Covid-19, l’origine du virus demeure incertaine. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mène sa seconde enquête sur le sujet, l’ONG états-unienne U.S. Right to Know (USRTK, « Droit de savoir », en français) pointe, dans un article paru sur son site internet le 16 janvier dernier, la proximité passée de Jeremy Farrar, l’actuel directeur scientifique de l’OMS, et de Peter Daszak.

 

Les États-Unis reprochent à Peter Daszak d’avoir soutenu des expériences de virologie particulièrement dangereuses.

 

En 2020, ce dernier, zoologue britannique de renom et expert en zoonoses réputé, avait beaucoup œuvré – et manœuvré – pour défendre la thèse d’une origine naturelle du Sars-Cov-2. Il avait par la suite été épinglé pour ses conflits d’intérêt avec l’Institut de virologie de Wuhan, en Chine[1]– Lire notre « Grand Entretien » avec Brice Perrier : « L’hypothèse d’un virus augmenté en laboratoire est tout à fait plausible », 27 août 2021.. A tel point qu’en mai 2024, les Etats-Unis ont suspendu toutes les subventions versées à son organisation, EcoHealth Alliance, spécialisée dans la prévention des maladies infectieuses émergentes. Dans le même temps, le département de la Santé et des Services sociaux américain avait lancé une procédure d’exclusion à son encontre. Résultat : le 6 janvier dernier, après huit mois d’enquête, le Département lui a interdit de participer à tous dispositifs fédéraux (aides ou appels d’offres) pour une durée de cinq ans. Dans la foulée, Peter Daszak a décidé de quitter la présidence de EcoHealth Alliance.

Concrètement, les pouvoirs publics américains reprochent à l’expert britannique d’avoir soutenu des expériences dites de « gains de fonction » sur des virus pathogènes à potentiel pandémique – des expériences particulièrement dangereuses[2]– Lire notre « Trois questions à… » Etienne Decroly : « Un moratoire sur les expériences de virologie dangereuses devrait être mis en place », 2 mars 2021. – et d’avoir volontairement violé les exigences, en matière de biosécurité notamment, liées aux subventions perçues par son organisation.

 

UN CONFLIT D’INTÉRÊT
AU SEIN DE L’OMS ?

 

Dans l’enquête parue sur son site, U.S. Right to Know cite plusieurs sources montrant de probables liens entre l’actuel directeur scientifique de l’OMS et le patron d’EcoHealth Alliance entre 2009 et 2013. Jeremy Farrar dirigeait alors l’unité de recherche clinique de l’université d’Oxford à Hô Chi Minh-Ville, au Vietnam. Les National Institutes of Health, les instituts nationaux de santé des Etats-Unis, qui dépendent du département de la Santé et des Services sociaux, le décrivent alors comme le « principal collaborateur » au Vietnam de Wildlife Trust, une organisation qui deviendra quelques mois plus tard EcoHealth Alliance. Peter Daszak était déjà le président de la structure.

Selon USRTK, des documents de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) portant sur le programme de recherche en virologie « Predict » (pour Pandemic Preparedness for Global Health Security), co-dirigé par EcoHealth Alliance, prouvent également de probables contacts entre les institutions dirigées par Jeremy Farrar et Peter Daszak. Un premier document, datant de septembre 2009, évoque des relations de travail en Asie du Sud-Est. Un second document rapporte, quant à lui, des négociations pour la signature d’un accord de coopération. D’autres documents encore, non datés ceux-là, indiquent que les chercheurs de Predict ont participé à l’Initiative vietnamienne sur les infections zoonotiques vers 2013. Ce projet visait à imaginer une stratégie de surveillance des agents pathogènes circulant dans le pays. Jeremy Farrar était aussi impliqué dans cette opération.

 

Des articles scientifiques pour discréditer la thèse du virus échappé d’un laboratoire.

 

U.S. Right to Know a contacté les principaux intéressés ainsi que le porte-parole de l’OMS, Tarik Jasarevic, afin de recueillir leurs commentaires. L’ONG n’a pas reçu de réponses à ce jour. USRTK rappelle que Jeremy Farrar a, lui aussi, signé des articles scientifiques, parus dans les revues Nature Medicine et The Lancet, qui discréditent la thèse du virus échappé d’un laboratoire.

Mathieu Dejeu, journaliste / Sciences Critiques.

 

Notes

Notes
1 – Lire notre « Grand Entretien » avec Brice Perrier : « L’hypothèse d’un virus augmenté en laboratoire est tout à fait plausible », 27 août 2021.
2 – Lire notre « Trois questions à… » Etienne Decroly : « Un moratoire sur les expériences de virologie dangereuses devrait être mis en place », 2 mars 2021.
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