« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. »
(Carl E. Sagan)

La biodynamie : terrain sensible pour la recherche

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Agriculture intrigante, dénoncée pour ses potentielles dérives sectaires, la biodynamie est mise à l’épreuve de la science par des chercheurs qui trouvent à sa pratique un effet positif sur la vie des sols. Cette recherche controversée contrarie le positivisme, et certains esprits rationalistes.

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C

ERTAINS sujets sont plus délicats que d’autres à traiter, mais en tant que chercheur public, j’estime qu’il faut les aborder », affirme Lionel Ranjard, directeur de recherche au laboratoire d’agroécologie d’INRAE à Dijon. Le décor est posé. Le microbiologiste spécialiste des sols a publié l’été dernier les résultats d’Ecovitisol, une étude menée sur la culture des vignes[1]– Ecological impact of conventional, organic and biodynamic viticultural systems and associated practices on soil microbiota in different French territories, Agriculture, Ecosystems & … Continue reading. Leur exploitation tendant à dégrader l’état de la terre par une mécanisation intensive et une utilisation massive de pesticides, Ecovitisol s’est attelée à l’évaluation de l’impact écologique de trois pratiques différentes.

Sur 152 parcelles situées en Alsace et en Bourgogne, l’étude a comparé la culture en conventionnel, en biologique et en biodynamie. Méthode d’agriculture ultra minoritaire, cette dernière est controversée en France où elle est accusée de dépendre d’un mouvement à risque sectaire. Ce qui confère un caractère sensible à la recherche scientifique de Lionel Ranjard, dont les résultats montrent que la biodynamie s’avère la plus propice à la vie des sols.

 

De la bouse ou de la silice placées dans des cornes de vaches.

 

Avec un peu plus d’un millier d’exploitations répertoriées, la biodynamie représente seulement 1 à 2 % de l’agriculture biologique en France. Depuis une trentaine d’année, elle s’est toutefois beaucoup développée dans la viticulture et certains des plus grands crus, tels que le Vosne-Romanée, ont adopté cette méthode centenaire créée par Rudolf Steiner, écrivain et occultiste allemand. Il est aussi le fondateur de l’anthroposophie, un mouvement de pensée spiritualiste dont a émané cette pratique, précurseure de l’agriculture biologique, qui considère la ferme comme un organisme vivant.

Outre les exigences du bio, elle impose l’usage de préparations spécifiques comme de la bouse ou de la silice placées dans des cornes de vaches. Enterrées à l’automne, on les déterre au printemps pour les diluer dans de l’eau et les pulvériser à plusieurs reprises sur les cultures. D’autres préparations à base de plantes, conservées dans des boyaux ou des cranes d’animaux, se verront, après leur dilution, versées sur du fumier ou du compost.

 

TESTER LA BIODYNAMIE

 

Le tout doit se faire au rythme des saisons et des cycles de la lune ou du calendrier astral. Steiner, versant dans l’ésotérisme, avait imaginé une agriculture qui s’accorde à de supposées forces cosmiques. Lionel Ranjard ne s’en est pas soucié, s’en tenant à une analyse des sols. Ses résultats : une biomasse microbienne plus importante en agriculture biologique qu’en conventionnelle, mais aussi supérieure en biodynamie par rapport au bio.

Dès la première phase de son étude lancée en 2019, le microbiologiste avait posé ce constat : « Afin de voir si les effets positifs observés en biodynamie étaient dus au hasard, nous avions recensé toutes les études publiées pour réaliser une méta-analyse[2]Méta-analyse sur l’impact des modes de production agricole sur la qualité écologique du sol, HAL/INRAE, 12 mai 2025. , rappelle-t-il. Le nombre trop faible de résultats sur l’état des sols ne permettait pas vraiment de conclure, mais ils montraient une tendance allant dans le même sens que nos observations. Et là, au terme de notre propre étude, bien que l’on trouve des différences au sein de chaque mode de culture, nous obtenons en moyenne une amélioration significative du sol avec la biodynamie. »

Un résultat particulièrement signifiant au niveau des interactions entre bactéries et champignons dont le travail commun contribue à nourrir les plantes. Ce réseau microbien souterrain s’avère 145 % plus riche en biodynamie qu’en conventionnel, tandis que ce dernier dépasse étonnement le biologique de 37 %. La faute à un travail du sol plus important en agriculture bio où l’on désherbe en labourant, ce qui nuit à l’interaction microbienne.

Lionel Ranjard souligne d’ailleurs que son étude démontre l’importance d’un sol enherbé, quel que soit le type de culture. Mais il retient aussi cette supériorité de la biodynamie, sans l’expliquer : « Cela pourrait être dû à une meilleure technicité des viticulteurs, à une réflexion plus avancée sur la couverture végétale du sol ou aux préparations biodynamiques. Il faudrait des études expérimentales spécifiques pour le savoir. Or on en manque. »

 

« Un scientifique rationaliste ne peut accepter des théories farfelues recourant aux forces cosmiques ou à la spiritualité entre l’Homme et la nature. »

 

Jean Masson, un autre chercheur d’INRAE, avait publié en 2018 une première étude[3]Responses to climatic and pathogen threats differ in biodynamic and conventional vines, Nature Scientific Reports, 15 novembre 2018. qui suggérait une meilleure résistance au dérèglement climatique et aux maladies des vignes cultivées en biodynamie. Cherchant à favoriser ce type de résilience à l’aide de préparations naturelles peu préoccupantes pour l’environnement telles que des décoctions de prêle, il a depuis lancé un grand projet de recherche incluant de nombreux vignobles : Vitirepères.

Le Mouvement pour l’agriculture biodynamique (MABD) en est l’un des partenaires par le biais de l’association Biodynamie Recherche (BR), et des viticulteurs biodynamistes contribuent à cette étude participative mêlant sciences agronomiques et sociales pour produire de nouvelles connaissances sur les pratiques viticoles. Mais Jean Masson refuse désormais de s’exprimer sur cette recherche avant d’avoir publié ses résultats, précisant que son travail sur la biodynamie lui cause déjà assez d’ennuis.

Des ennuis au premier rang desquels, l’accusation d’un lien avec l’anthroposophie, dénoncé en 2024 par une tribune collective publiée dans Le Point[4]Agriculture biodynamique : « Nous dénonçons les liens entre la recherche publique et un mouvement philosophico-religieux », Le Point, 4 février 2024. . Les auteurs y déplorent que des chercheurs, représentant des organismes publics, puissent collaborer avec le MABD ou participer à des conférences qu’il organise. Et pointent des articles parfois co-signés avec des anthroposophes, susceptibles de légitimer une agriculture aux fondements ésotériques et mystiques.

 

> Rudolf Steiner, polygraphe et occultiste, fondateur de l’anthroposophie dont est issue l’agriculture biodynamique. (Crédit : Otto Rietmann / Wikicommons)

 

« Un scientifique rationaliste ne peut accepter des théories farfelues recourant aux forces cosmiques ou à la spiritualité entre l’homme et la nature », considère Léon Guéguen, directeur de recherche honoraire à l’INRAE et membre émérite de l’Académie d’agriculture. Connu pour ses travaux réfutant l’intérêt de l’agriculture bio pour la santé des hommes, il figure en deuxième position des signataires derrière une consœur académicienne.

Également parmi les premiers signataires, Christophe de la Roche de Saint André, généticien au CNRS, déclare, quant à lui, que « la pratique de la biodynamie n’a aucune légitimité scientifique et constitue la vitrine agricole de l’anthroposophie. Un partenariat avec INRAE n’a donc pas lieu d’être ».

 

OUVRIR LES SCIENCES AU DÉPASSEMENT DE LEURS PARADIGMES

 

Un point de vue qui s’oppose à celui de Cyrille Rigolot, l’un des chercheurs d’INRAE particulièrement visés. Auteurs de plusieurs articles relevant plutôt des sciences sociales, il y invite à élargir le champ de la recherche avec une approche ouverte au dépassement de certains paradigmes, et soutient l’idée que la biodynamie pourrait contribuer à un ré-enchantement de l’agriculture. « C’est une profession en difficulté qui connaît beaucoup de malheur et qui est en manque de sens alors que les biodynamistes semblent en avoir trouvé un dans la pratique de leur métier, avec un autre rapport aux plantes et aux animaux, estime-t-il. La transdisciplinarité conduit à le prendre en compte en mêlant la connaissance académique au savoir expérientiel des paysans. »

Dans un article[5]Biodynamic farming research and transdisciplinary knowledge co-production: Exploring the synergies, HAL/INRAE, 27 mars 2024. , publié dans une revue dédiée à la recherche sur les transformations durables, Rigolot défend cette approche transdisciplinaire. Mais il s’appuie aussi sur une littérature scientifique qui montre des résultats positifs de la biodynamie. Littérature dont l’existence était ignorée par les signataires de la tribune que nous avons interrogés, à l’exception de Cyril Gambari.

 

Une opposition farouche contre l’« agriculture magique et inefficace » de l’anthroposophie.

 

Docteur en microbiologie et professeur en lycée agricole, ce farouche adversaire de la biodynamie est l’auteur du texte publié dans Le Point, bien qu’il n’y figure que parmi les signataires, derrière des académiciens et des universitaires.

Sur son site internet[6]Et la science derrière la biodynamie ?. , prétendant révéler « la science derrière la biodynamie », il affirme que cette pratique n’apporte rien par rapport à l’agriculture biologique, en s’appuyant principalement sur les conclusions d’une revue de littérature de 2013.

La méta-analyse de Lionel Ranjard et d’autres publications pointant un intérêt potentiel sur l’état des sols ne sont pas recensées. Mais, surtout, Gambari ne mentionne pas la nécessité de mener de nouvelles recherches, sur laquelle conclut la plupart des auteurs.

Interrogé sur ce point, il demande plutôt pourquoi l’on devrait « perdre du temps de recherche et de l’argent engageant nos impôts, pour des études sur la biodynamie », c’est-à-dire l’« agriculture magique et inefficace » de l’anthroposophie. Un mouvement sectaire qui compterait des « victimes témoignant d’un système de croyance les coupant petit à petit de la société ».

 

JETER LE DISCRÉDIT SUR DES RECHERCHES SCIENTIFIQUES

 

« Peut-être qu’il y a des victimes, mais c’est à mille lieux de mes observations de terrain », répond Jean Foyer, anthropologue au CNRS qui a travaillé depuis une dizaine d’années sur ce sujet. Il a publié l’an dernier Les êtres de la vigne, un livre qui nous plonge dans un univers où le pragmatisme de viticulteurs biodynamistes se conjugue à un rapport au monde à l’affut de correspondances et d’analogismes avec le vivant.

Chez une petite minorité inspirée par Steiner, cela peut aboutir à une forme d’animisme. Jean Foyer affirme toutefois n’avoir recueilli « aucun témoignage de pratique sectaire. Et pas un travail de science sociale ne parle de cela. Mais se développe sur les réseaux sociaux dans les milieux rationalistes une biodynamie virtuelle totalement déconnectée de la réalité du terrain. Tout y est permis pour jeter le discrédit sur des chercheurs étudiant ce mode d’agriculture. Avec un succès certain, ce qui fait que je dissuade désormais des doctorants de travailler sur ce sujet très intéressant au niveau scientifique, mais que cette mouvance a réussi à rendre toxique. »

En témoigne un communiqué de l’INRAE[7]– Droit de réponse de l’INRAE, X, 15 mai 2025. en réponse à une émission[8]Une secte à l’INRAE ?, La tronche en biais, Youtube, 12 mai 2025. de la chaine YouTube La tronche en biais qui dénonçait un « entrisme sectaire » dans l’institut de recherche. Sa direction y annonce avoir pris les mesures nécessaires vis-à-vis des « deux projets pointés du doigt par Cyril Gambari » pour que toute collaboration en lien avec Biodynamie Recherche n’engage plus l’INRAE. Et ce après que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s’est référée à la tribune du Point pour alerter sur cette agriculture liée à l’anthroposophie.

 

« On stigmatise des gens qui appellent à un éclairage des sciences académiques sur leurs pratiques, le contraire de ce que ferait une secte. »

 

Plus question donc de partenariat avec Biodynamie recherche, comme c’était le cas dans le projet Vitipère de Jean Masson. Quant à Cyril Rigolot, sorti de son domaine de compétence de zootechnicien en produisant des articles spéculatifs mêlant agronomie, sciences sociales et philosophie des sciences, il n’a plus le droit de se présenter comme un chercheur d’INRAE pour ce genre de travaux.

« Une pression incroyable a été mise autour de la biodynamie avec une remise en cause de recherches minuscules par l’Institut, commente l’intéressé. Je comprends que l’on me reproche de sortir de mon champ de compétence initial, mais on stigmatise des gens qui appellent à un éclairage des sciences académiques sur leurs pratiques, le contraire de ce que ferait une secte. Et alors que l’on est dans des voies de recherche au cœur de ce que l’on nous demande face à la crise écologique de la durabilité, en nouant des partenariats de terrain, on exige de couper les liens avec des biodynamistes qui ont pu être pionniers dans des pratiques agricoles, notamment sur le bien-être animal. »

Ce que rappelle Anet Spengler, agronome à l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FIBL) en Suisse, et anthroposophe : « Des pratiques comme le veau sous la mère ou le taureau dans le troupeau sont venues des biodynamistes avant d’être adoptées dans le bio. » La scientifique a personnellement démontré l’importance d’une bonne relation de l’homme à l’animal avec une étude[9]– Gentle touching in early life reduces avoidance distance and slaughter stress in beef cattle, Applied Animal Behaviour Science, juin 2012. qui a constaté que caresser un tout jeune veau allaitant influait son comportement futur et réduisait son stress à l’abattoir. Donnant au final une viande plus tendre.

 

EN SUISSE, 45 ANS D’ESSAIS COMPARATIFS

 

Parmi les quelques 70 chercheurs du FIBL, la plupart ne sont pas anthroposophes, mais ces derniers y sont considérés comme les autres. Leur présence depuis la création de l’Institut explique l’intégration de la biodynamie dans un essai comparatif avec le bio et le conventionnel mené depuis 45 ans.

Dénommé DOC, il a donné lieu à de nombreuses publications. Un rapport de synthèse[10]Comparaison de systèmes de culture biologiques et conventionnels sur 45 ans, FiBL, 2024. en dresse un bilan dans lequel la biodynamie se démarque du bio sur deux points : « Des effets positifs sur la qualité du sol et de moindres émissions de gaz à effet de serre liées à la fertilisation, explique Hans-Martin Krause, responsable de cette étude au long cours. Nous l’attribuons principalement à l’utilisation de fumier composté dans le système biodynamique. »

 

> La bouse de corne, préparation essentielle en biodynamie, est élaborée en introduisant de la bouse de vache dans une corne de vache qui a vêlé au moins une fois. (Crédit : Live-Green-Magazine / Pixabay)

 

Un fumier dans lequel on a déposé les fameuses préparations. Mais qui a aussi été utilisé d’une façon différente du mode biologique. Impossible donc de savoir si l’amélioration du sol est due uniquement au processus de compostage ou également aux étranges mixtures. Hans-Martin Krause recommande toutefois de consulter une étude qui observe pour la première fois ce que pourraient être leurs moyens d’action, publiée en 2024 par Jurgen Fritz. Cet universitaire allemand qui dirige depuis des décennies des recherches sur la biodynamie est lui aussi anthroposophe.

 

« La différence de qualité des sols n’apparait peut-être, au niveau du rendement, que dans des conditions de culture très stressantes. »

 

Cette étude[11]Enrichment of putative plant growth promoting microorganisms in biodynamic compared with organic agriculture soils, ISME Communications, 1er janvier 2024. , menée en France et en Allemagne, a comparé des cultures biologiques et biodynamiques, avec cette fois pour seule différence l’utilisation des deux principales préparations : la 500 faite de bouse de vache et la 501 de silice. Dans les cultures où elles ont ensuite été pulvérisées, l’activité microbienne favorisant la croissance a été significativement supérieure à celle des parcelles biologiques. Avec une hausse du niveau de la présence des micro-organismes pendant deux mois, avant qu’il ne retombe.

Ce résultat soutiendrait l’hypothèse d’une inoculation et d’une colonisation fertilisante de microbes favorables à la croissance des plantes. Pourtant, l’essai DOC, comme d’autres études réalisées avec ces préparations, n’a observé aucune différence entre bio et biodynamie en termes de rendement. « Cela m’interroge, confie Jurgen Fritz. La différence de qualité des sols n’apparait peut-être, au niveau du rendement, que dans des conditions de culture très stressantes, ce qui n’était pas le cas en Suisse. Mais d’autres essais ont montré une amélioration de ce rendement et de la qualité des fruits, notamment un mené en Lituanie sur la citrouille géante[12]– The effect of biodynamic preparations on growth and fruit quality of giant pumpkin (Cucurbita maxima D.), Chemical and Biological Technologies in Agriculture, 25 novembre 2021. . »

Le rendement de la citrouille et l’apparente colonisation de bactéries ne suffisent néanmoins pas à conclure, d’autres études n’observant pas de différences avec ou sans préparations. Mais celle de Jurgen Fritz contredit l’idée très répandue selon laquelle ces préparations biodynamiques relèveraient de l’homéopathie, en raison de leur haut niveau de dilution. Elles n’auraient donc pas davantage de raison d’agir que des granules homéopathiques dont les molécules ont été tellement diluées qu’il peut ne plus y en avoir du tout.

Ce n’est pas le cas avec ces préparations biodynamiques, surtout la bouse de corne remplie de micro-organismes. « Ils pourraient agir comme biostimulant en jouant un rôle de catalyseur, même à très faible dose, car nous ne serions pas dans l’action d’un engrais mais dans de l’activation microbiologique », remarque Lionel Ranjard. Avant d’ajouter que « ce n’est qu’une hypothèse, à tester. »

 

RECONNAITRE L’EXISTENCE D’UNE VÉRITABLE CONTROVERSE SCIENTIFIQUE

 

Reste à savoir si Lionel Ranjard, ou d’autres, pourront mener cette expérience dans un contexte de suspicion grandissante en France vis-à-vis de la biodynamie. Une agriculture dont la labellisation est pourtant environnementalement la plus exigeante et la plus favorable à la biodiversité. Ses vins auraient aussi le meilleur goût selon d’illustres œnologues et une étude réalisée à partir de tests effectués par de grands guides comme Gault et Millau[13]Sustainable practices and product quality: Is there value in eco-label certification? The case of wine, Ecological Economics,  mai 2021. .

La viticulture biodynamique pose, quant à elle, des questions sur son mode opératoire. Jean Masson semble le voir se manifester dans l’état de la vigne jusqu’au niveau moléculaire, sans oser dire aujourd’hui ce qu’il a trouvé. Mais après avoir laissé penser que des cycles planétaires pourrait jouer un rôle, en évoquant publiquement une étude[14]Summer solstice orchestrates the subcontinental-scale synchrony of mast seeding, Nature Plants, 8 mars 2024. très sérieuse qui montre l’apparent impact du solstice sur la floraison, tel « un coup d’envoi céleste ».

« Avec des effets positifs qui commencent à être documentés sans que l’on ne parvienne à les expliquer, la biodynamie pose un problème épistémologique heurtant le positivisme des sciences agronomiques modernes », considère Sophie Allain, sociologue à INRAE. Selon elle, « il faudrait mener davantage de recherche afin de mieux pouvoir observer les relations entre sa pratique et ses résultats, tout en prenant acte de ce problème qui devrait conduire à reconnaitre l’existence d’une véritable controverse scientifique, d’une ampleur qui pourrait être comparable à celle de la mémoire de l’eau ». En somme, il conviendrait de continuer à mettre la biodynamie à l’épreuve de la science. Sans oublier que cette étrange agriculture pourrait également mettre la science à l’épreuve, si se confirmait l’existence d’un phénomène inexpliqué : son utilité. Mais n’est-ce pas comme ça que la connaissance avance ?

Brice Perrier, journaliste / Sciences Critiques.

 > Illustration de Une : Crédit Bru-nO/Pixabay

 

Notes

Notes
1 Ecological impact of conventional, organic and biodynamic viticultural systems and associated practices on soil microbiota in different French territories, Agriculture, Ecosystems & Environment, 15 octobre 2025.
2 Méta-analyse sur l’impact des modes de production agricole sur la qualité écologique du sol, HAL/INRAE, 12 mai 2025.
3 Responses to climatic and pathogen threats differ in biodynamic and conventional vines, Nature Scientific Reports, 15 novembre 2018.
4 Agriculture biodynamique : « Nous dénonçons les liens entre la recherche publique et un mouvement philosophico-religieux », Le Point, 4 février 2024.
5 Biodynamic farming research and transdisciplinary knowledge co-production: Exploring the synergies, HAL/INRAE, 27 mars 2024.
6 Et la science derrière la biodynamie ?.
7 – Droit de réponse de l’INRAE, X, 15 mai 2025.
8 Une secte à l’INRAE ?, La tronche en biais, Youtube, 12 mai 2025.
9 – Gentle touching in early life reduces avoidance distance and slaughter stress in beef cattle, Applied Animal Behaviour Science, juin 2012.
10 Comparaison de systèmes de culture biologiques et conventionnels sur 45 ans, FiBL, 2024.
11 Enrichment of putative plant growth promoting microorganisms in biodynamic compared with organic agriculture soils, ISME Communications, 1er janvier 2024.
12 – The effect of biodynamic preparations on growth and fruit quality of giant pumpkin (Cucurbita maxima D.), Chemical and Biological Technologies in Agriculture, 25 novembre 2021.
13 Sustainable practices and product quality: Is there value in eco-label certification? The case of wine, Ecological Economics,  mai 2021.
14 Summer solstice orchestrates the subcontinental-scale synchrony of mast seeding, Nature Plants, 8 mars 2024.
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20 réponses

  1. Merci pour cet article,
    Je vais néanmoins y apporter quelques précisions, plus ou moins subjectives. Il existe de nombreuses préconisations ou théories plus ou moins farfelues dans les écrits de Steiner. Celles qui sont étudiées dans l’étude de Lionel Ranjard (bouse de vache et silice) sont celles du cahier des charges de production « Demeter ». A noter tout de même que dans le Sud de la France, ce même cahier des charges autorise à se passer de silice, dangereuse pour les vignes en cas de fort ensoleillement.
    Bien qu’issue de l’occultisme de Steiner, cette intuition du rôle des micro-organismes dans les sols, une fois cultivés et pulvérisés, à une époque où la recherche agronomique se focalisait sur la « chimie des sols », a été assez brillante. Mais il existe dans les pratiques biodynamiques bien d’autres choses, auxquelles je reste imperméable, en rapport avec l’astrologie, les fréquences vibratoires des couleurs…
    Reste qu’il existe nombre de nuances entre les biodynamistes, au delà de cette simple question de cahier des charges. Certains se contentent d’une labellisation a minima, d’autres combinent ces pratiques à des réflexions agronomiques assez poussées, d’autres encore ont une réelle démarche empirique en conservant des vignes ou parcelles qui ne seront pas conduites en biodynamie pour pouvoir comparer. Et aussi, il m’est arrivé à quelques occasions de croiser des biodynamistes clairement dans une démarche de foi, sans aucun recul critique sur leurs pratiques.

    A noter aussi, que si la biodynamie est essentiellement pratiquée en viticulture, c’est que cette filière est particulièrement propice à la distinction sur des critères gustatifs. Les maraîchers ou céréaliers ont bien plus de peine à valoriser commercialement le surcoût induit par une conduite en biodynamie de leurs courgettes ou leur maïs…
    Les profils des domaines viticoles en biodynamie sont donc assez spécifiques par rapport à la filière : vins nature surreprésentés, pratiques agroécologiques assez poussées (engrais verts, couverts végétaux sélectionnés), récolte à la main, vinification faite au domaine, singularité des productions par rapport aux AOC, AOP locaux…

    J’ai donc adopté une position d’équilibre : qualifier les biodynamistes de « secte » juste parce que c’est drôle de les voir s’en défendre, mais adorer consommer leurs produits.

    1. Une différence majeure entre le vin et les légumes, c’est que la vigne est une monoculture bien plus facile à cultiver en bio-dynamie (on peut pulvériser des hectares entiers en une seule fois au même moment) qu’un jardin maraîcher où se côtoient des dizaines de variétés de légumes différents qui demandent des traitements spécifiques (selon qu’ils sont des légumes racines, des feuilles, des fleurs ou des fruits). A une époque où la main d’oeuvre en agriculture a diminué dangereusement, ces contraintes supplémentaires sont souvent dissuasives pour les maraîchers. Ce qui nous ramène à la question des prix. Pourquoi est-on prêts à payer une bonne bouteille de vin 5 ou même 10 fois plus cher qu’une autre alors que c’est aujourd’hui impensable pour des carottes ? Le vin est un produit fini, tandis qu’on peut toujours noyer des légumes insipides dans une sauce épicée. Discuter du formatage du goût à l’époque de l’agro-industrie nous emmènerait très loin… Mais cela montre à quel point l’alimentation a été terriblement déconsidérée, comme si nous n’étions que des carburateurs dont il faut remplir le réservoir.
      Vous parlez aussi des céréales : dans ce domaine en effet, impossible pour le paysan de valoriser une production bio-dynamique, sauf à la transformer soi-même en farines, voire en pain ou en pâtes, car il n’y a pas de filière. C’est la même chose pour le lait. Il y a là un problème économique majeur qui touche l’ensemble de l’agriculture : pour la transformation des productions agricoles (et leur vente) est si rémunératrice alors que les agriculteurs ne peuvent pas obtenir des prix justes pour leurs récoltes et dépendent dans des proportions complètement délirantes des primes et subventions ?…

    2. Vous avez écrit : « A noter tout de même que dans le Sud de la France, ce même cahier des charges autorise à se passer de silice, dangereuse pour les vignes en cas de fort ensoleillement. »
      Je ne sais pas où vous avez eu cette « information », car après avoir contacté l’association Demeter France, voici la réponse qui m’a été faite :

      Voici le passage du cahier des charges concernant la silice :
      « La silice de corne doit être pulvérisée en fonction du développement de la plante, de préférence durant la phase intensive de la croissance végétative, impérativement entre le début de la croissance végétative et la récolte, à raison d’au moins 2,5 g/ha. Dans le cas des cultures pérennes : pour les plantiers de l’année, une absence de pulvérisation de silice est tolérée même si elle reste conseillée pour les plantes vigoureuses. Cette tolérance ne peut être appliquée que s’il n’y a pas de récolte la première année. »
      Vous trouverez ce passage au paragraphe 6.2. du cahier des charges téléchargeable à l’adresse suivante :
      https://www.demeter.fr/cahier-des-charges/
      Comme vous pouvez le constater, il existe une tolérance uniquement l’année de plantation. La silice ne présente pas de risque si elle est appliquée tôt le matin. Il est également recommandé de faire une application autour de la floraison à des périodes moins chaudes si l’adhérent souhaite éviter les fortes chaleurs.

  2. Je trouve l’article intéressant mais déséquilibré pour ne pas aller jusqu’à dire biaisé : d’un côté Ecovitisol/DOC est présenté comme une quasi victoire scientifique pour la biodynamie mais au prix d’ignorer des critiques (Chalker-Scott 2013, Changins 2024 : effets non expliqués, besoin d’essais contrôlés sur les préparations) et les méta-analyses montrant équivalence au bio sans supériorité. Les « pressions » sur l’INRAE semblent plus relever de la vigilance légitime face à l’entrisme anthroposophique (Miviludes 2021-25) d’autant plus que cette réalité est largement attesté par des témoignages d’ex-biodynamistes et analyses, que l’on retrouve par exemple sur AgriGenre (https://agrigenre.hypotheses.org/dossier-biodynamie)
    Il n’est pas non plus fait mention des limites récurrentes : rendements inférieurs sans gain clair (jusqu’à 20% de moins que le conventionnel dans l’essai DOC) ou de la perpetuation des inégalités chez les vigneronnes par exemple (l’influence anthroposophique sur le genre, 2024)-

    Peut être que pour être plus équilibré il serait utile de confrontez au dossier complet AgriGenre et à littérature scientifiquer plutôt qu’à ce qui ressemble être un plaidoyer transdisciplinaires.
    Il s’agit finalement plus de vigilence légitime que de pression rationaliste non ?

    1. Merci pour votre commentaire.
      L’article part des dernières recherches françaises, dans le contexte français.
      Les témoignages d’Agrigenre me paraissent assez peu convaincants, en particulier ceux de Jeanne Sorradt ou Camille B. On est sur des témoignages plus ou moins anonymes, à la représentativité douteuse, et sous l’influence de Grégoire Perra, qui discrédite, selon moi, considérablement l’opposition à l’anthroposophie et à la biodynamie, qu’il a lui-même largement suscitée. J’ai montré en détail comment, et combien cette influence est importante, y compris et surtout au niveau de la Miviludes : https://raisonsensible.substack.com/p/un-gourou-au-cur-de-la-lutte-anti-9b6
      Agrigenre me parait s’inscrire pleinement là-dedans, et d’ailleurs son responsable ne répond pas aux demandes d’itw. Il n’est pas possible de lui parler, comme à tous les proches soutiens de Perra qui adoptent en fait un comportement assez sectaire. Le travail d’Agrigenre se trouve par ailleurs sur un blog et je me suis plutôt intéressé pour cet article à des travaux académiques de personnes qui publient dans des revues scientifiques.
      Chalder-Scott est évoquée (c’est la (vieille) référence de Cyril Gambari), ainsi que les études qui ne trouvent pas de différence entre bio et biodynamie. J’aurais sans doute dû m’intéresser davantage à Changins, mais cet article ne peut évidemment pas être totalement exhaustif. Encore une fois, il est fait dans un contexte français, de mésinformation massive, à laquelle Agrigenre me semble contribuer.

      1. Vous ne faites qu’appuyer le déséquilibre de votre article : d’un côté, vous accordez une grande place à des personnes qui trouvent du sens dans la biodynamie et en tirent un horizon de ré-enchantement ; de l’autre, vous mettez principalement en cause la crédibilité des témoins qui décrivent des expériences problématiques.
        Pour soutenir votre propos, vous avez quand même disqualifié de manière ad hominem Agrigenre qui a quand même un comité scientifique, la miviludes qui représente l’État français, les études scientifiques qui ne vont pas dans le sens de ce que vous appuyez et tous les témoins qui ne seraient pas allés dans la direction de votre article.
        Et le tout sans même un début de démonstration ni d’argument concernant le consensus incertain sur les préparations, l’idéologie anthroposophique, les critiques internes solides.
        Vous indiquez avoir mentionné Chalker-Scott et les études qui ne trouvent pas de différences entre bio et biodynamie. Le lecteur moyen ne ressort pourtant pas de votre article avec une réalité établie par les études concernées que les effets spécifiques des préparations (500, 501, etc.) restent au mieux incertains, que plusieurs essais contrôlés et revues de littérature concluent à une absence de supériorité robuste de la biodynamie sur le simple bio, etc.
        Qu’il y ait de la mésinformation dans le débat français, c’est évident. Mais la qualifier d’« massive » et y ranger Agrigenre sans discussion de fond de leurs arguments, de leurs données et de leurs hypothèses, c’est un jugement très fort. On attendrait, pour justifier cette qualification, une analyse argumentée , plutôt qu’une disqualification par association (proximité supposée avec Perra, format blog, refus d’interview).

        1. Libre à vous de penser ce que vous voulez, mais je ne discrédite aucune étude scientifique (publiée comme telle) qui n’irait pas dans mon sens. Je dis plutôt que l’on ne peut pas conclure face à des résultats contradictoires, donc que c’est incertain et qu’aucune supériorité n’est prouvée. Il n’y a clairement pas de consensus, surtout sur les préparations, encore peu étudiées.
          Je ne considère pas le travail publié sur un blog d’étude scientifique, mais j’ai lu les témoignages d’Agrigenre, ce qui me conduit à vous donner mon avis dessus. Je ne vais pas pour autant vous en faire le détail ici. Mais j’aurais souhaité interroger Valery Rasplus sur sa façon de travailler et ce qu’il diffuse. Il ne l’a malheureusement pas permis, ce qui est curieux pour un chercheur, très inhabituel.
          Oui, la mésinformation est massive sur ce sujet, et liée à l’influence de Grégoire Perra, Agrigenre s’inscrivant très clairement dedans. C’est effectivement un jugement fort mais j’ai beaucoup travaillé sur ce Perra (très soutenu par Agrigenre et ses témoins), et publié une longue enquête.
          https://raisonsensible.substack.com/p/un-gourou-au-coeur-de-la-lutte-anti
          Je trouve sidérant que l’on puisse accorder le moindre crédit à un tel individu, mais le fait est qu’il apparait comme le supposée lanceur d’alerte qui révèlerait la vérité sur l’anthroposophie. Une vraie faillite de l’esprit critique, et d’abord à la Miviludes. Vous pourriez peut-être aller lire et revenez me dire si vous trouvez que cette histoire n’est pas accablante. En évitant si possible la seule réponse qu’elle a jusqu’ici suscitée : l’accusation aussi infondée que grotesque selon laquelle je serais un anthroposophe. Mais même si c’était le cas et que je me prosternais chaque matin devant le portrait de Rudolf Steiner, cela ne changerait rien aux faits exposés.
          Comme le dit par ailleurs Jean Foyer, les affirmations sur les dérives sectaires et de supposées victimes ne se retrouvent pas dans les travaux en sciences sociales réalisés. Il n’y a pas non plus à ma connaissance de condamnation au tribunal pour ce type de dérives liée à la biodynamie ou à l’anthroposophie. Alors vous pouvez évidemment privilégier des témoignages que je trouve peu convaincants, mais pour cette article j’ai pour ma part privilégie des travaux scientifiques publiés.

          1. Merci pour ces précisions.
            Vous confirmez qu’il n’y a pas de consensus, en particulier sur les préparations, et qu’aucune supériorité de la biodynamie n’est prouvée. Ce point apparaît cependant beaucoup moins clairement dans l’article que dans vos réponses.

            Sur Agrigenre et les critiques : que vous ne considériez pas leurs textes comme de la « science » au sens strict est une chose ; les assimiler à de la « mésinformation massive » liée à Perra sans analyse détaillée de leurs arguments en est une autre. Or c’est bien là que naît, à mes yeux, le déséquilibre : il serait plus transparent d’expliciter dans l’article que vous avez choisi d’écarter tout un ensemble de sources et d’acteurs, ainsi que les critères de cette exclusion, pour que chacun puisse se faire un avis. D’autant que vous critiquez le format “blog” pour Agrigenre, tout en vous appuyant vous‑même sur votre propre blog Substack comme référence centrale dans votre argumentation.

            Il existe aujourd’hui un pôle critique de la biodynamie qui ne se réduit ni à Perra ni à quelques témoignages isolés (travaux de Gambari, analyses sur genre et anthropologie de l’anthroposophie, alertes de la Miviludes). Que l’on juge ces sources discutables est légitime ; les rabattre presque entièrement sur la figure d’un « gourou » me semble, à l’inverse, réduire la complexité du débat. Par ailleurs, il me semble que Perra s’est surtout exprimé sur l’anthroposophie au sens large plus que sur la biodynamie elle‑même, ce qui rend discutable le fait de centrer autant sur lui l’ensemble du pôle critique. Et, sauf erreur de ma part, je n’ai pas trouvé où Agrigenre « soutiendrait très clairement » Perra : pourriez‑vous préciser à quels textes ou prises de position vous faites référence ?

            Mon reproche porte donc moins sur vos intentions que sur l’effet final : un lecteur qui ne suit pas vos échanges ultérieurs a peu de chances de percevoir à quel point les résultats sont incertains et à quel point le champ des critiques est plus large que la seule trajectoire de Grégoire Perra.

            1. Tout est dans mon article. Notamment qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur la biodynamie, vu qu’il se termine au contraire sur l’idée d’une controverse. Pour les préparations c’est aussi très clair, on manque de recherche, et rien n’est acquis, loin de là. Ce qui apparait plus confirmé, c’est un meilleur état des sols en biodynamie, mais je ne parle pas non plus de consensus, car il y a des études contradictoires, comme celle citée par Cyril Gambari, qui néglige pour sa part toutes les positives, mais fait comme si l’affaire était entendue et qu’il n’y avait plus besoin de recherche.
              Concernant la désinformation massive, elle est détaillée dans mon autre enquête (journalistique et pas académique, mais c’est mon métier), et très directement liée à Grégoire Perra, dont l’influence est énorme, aussi bien sur la Miviludes que sur les médias ou des personnes comme Cyril Gambari et les témoins d’Agrigenre. Les lire suffit pour le voir.
              Vous semblez très intéressé par ce site Agrigenre, mais il n’a pas grand chose à voir avec le sujet de cet article qui porte sur la biodynamie mise à l’épreuve de la science, en lien avec les travaux de chercheurs comme ceux de l’INRAE ou du FIBL.
              J’aborde la questions des sciences sociales en raison des pressions effectuées sur un organisme comme l’INRAE, qui ne facilitent pas la recherche et incitent plutôt à l’arrêter, sous couvert d’accusations de dérives sectaires qui ne correspondent pas aux travaux en sciences sociales publiées, ni à des condamnations en justice.
              Voilà, je ne dis pas qu’Agrigenre mésinforme massivement, mais il s’inscrit clairement dans le phénomène général lié à Grégoire Perra. Libre à vous de ne pas vouloir le voir. Et de trouver normal qu’un supposé chercheur refuse toute communication à propos de son travail. Ceci dit, vu qu’il était très accessoire dans mon sujet, ce n’était pas très important qu’il ne me réponde pas, et j’assume totalement de pas avoir parler d’Agrigenre, de ses témoignages et de ses travaux sur le genre, qui ne relèvent pas de cette mise à l’épreuve de la science sur laquelle j’ai enquêté. Perra n’a pas non plus d’importance dans cet article où il n’est pas non plus cité.
              Alors vous pouvez toujours me reprocher ce que vous voudrez, mais j’ai au moins pris le temps de vous répondre et en terminerai là avec cet échange.
              Bien à vous et joyeux Noël.

              1. Merci pour ces ultimes éclaircissements, et joyeux Noël à vous de même.

                Vous reconnaissez l’absence de consensus sur la biodynamie et ses préparations, vérité essentielle qui, hélas, se noie dans l’article sous le poids des avancées vantées sur les sols (Ecovitisol et son +145 %, DOC et ses GES moindres), sans pointer que cette dernière étude est soutenue par le monde anthroposophe.

                Je comprends que vous souhaitiez clore cet échange et vous remercie d’avoir répondu.

                Je conclurai simplement en disant que je reste sur ma faim, car vous n’avez répondu à aucune de mes questions, notamment :

                D’abord, Chalker-Scott (2013), revue magistrale concluant à l’absence totale de preuves pour les préparations : la reléguez-vous à l’« ancienne » ou au seul Gambari, sans en peser la rigueur scientifique ?

                Ensuite, ce lien « très clair » AgriGenre-Perra : où le trouver, dans quels textes précis ? Mon intérêt pour ce site n’est que l’écho de votre affirmation ; rejeter son comité de 12 parrains (CNRS, INRAE) – tout en convoquant votre Substack – laisse perplexe.

                Enfin, les critères d’exclusion : refus d’ITW ou format suffisent-ils à écarter Miviludes (rapports 2021-25 sur l’entrisme anthroposophique), Gambari le microbiologiste, ou les analyses genrées d’AgriGenre ?

    2. Bonjour,
      Pour ma part, je trouve que l’exigence faite à l’auteur de l’article de le corriger pour qu’il soit plus « équilibré » est sans fondement, voire un peu gonflé…
      Vous citez le dossier Agrigenre. Je n’ai pas tout lu en détail, mais ce dossier, sans parler de l’exactitude de ses contenus, paraît être un dossier à charge, bien loin d’avoir une position équilibrée. Avez-vous écrit aux responsables de ce site pour leur réclamer plus d’équilibre ?…
      Finalement, l’équilibre n’est pas à rechercher dans un seul article ou recueil de textes, mais à un niveau « supérieur », dans le fait qu’une personne intéressée puisse avoir accès à une pluralité de documents. Chaque auteur a un certain point de vue, et c’est tout naturel, se prétendre complètement neutre serait un mensonge. J’ai découvert récemment cet adage latin « Et altera pars audiatur » : « Que l’autre partie soit entendue ».
      Donc vous avez la possibilité de signaler l’existence du dossier Agrigenre ou d’autres documents grâce aux commentaires, très bien. Mais attention à ne pas tomber dans la police de la pensée…

      1. Bonjour,

        Je crains que vous vous mépreniez : il ne s’agit pas de « police de la pensée », mais de standards journalistiques classiques : sur une controverse scientifique, un article doit refléter la diversité des données *en son sein* (charte de Munich), pas renvoyer le lecteur à une mosaïque externe. Brice Perrier le reconnaît lui-même : absence de consensus sur préparations/biodynamie (« rien n’est acquis »).

        J’attire d’ailleurs votre attention sur le fait que je n’ai pas abordé la question du caractère ésotérique de la biodynamie, car je respecte les croyances religieuses de chacun.

        Toutefois, l’article met en lumière bénéfices sols (Ecovitisol +145 %, DOC) sans autant peser les contre-études :
        – Chalker-Scott (2013) : revue exhaustive, zéro preuve scientifique pour les préparations.
        – Changins (2024) : effets « nuls des préparations 500/501 obligatoires.
        – Méta-analyses : équivalence bio/biodynamie, sans supériorité robuste.

        On peut aussi évoquer l’anthroposophie et les alertes lancées notamment par la Miviludes sur le sujet (rapports 2021-25 qui parlent d’entrisme et nomment la biodynamie).

        « Et altera pars audiatur » s’applique justement ici : entendre Chalker-Scott, Changins, Miviludes aux côtés d’Ecovitisol, mais aussi les témoignages de victimes de la biodynamie, etc.

        Pour conclure, je pense qu’il y a eu malentendu : plus l’article fait le tour de manière scientifique et exhaustive, plus il aura de valeur et paraîtra équilibré. Je suis au contraire de ceux qui veulent la transparence. Votre adage latin illustre parfaitement ce point.

        1. Je pense pour ma part qu’il n’y a pas de malentendu et que nous sommes en désaccord profond.
          L’objet de l’article de Brice Perrier n’est pas la controverse scientifique autour de la bio-dynamie elle-même, mais justement la quasi-impossibilité que cette controverse puisse avoir lieu de façon correcte : par l’entrave qui est faite à ce que certaines recherches sur la question puissent être menées (et vous osez appeler cela une « vigilance légitime » : mais oui, ces chercheurs de l’INRAE sont décidément bien faibles d’esprit pour se laisser envoûter par ces diables d’anthroposophes, il faut bien que Papa et Maman, pour leur bien, leur interdisent ces mauvaises fréquentations !).
          Ce n’est malheureusement pas le seul domaine de recherche concerné, Brice Perrier a bien mis cela en lumière dans son livre « L’obscurantisme au pouvoir ». Et dans ce même souci de favoriser le débat scientifique, il organise par ailleurs des confrontations de chercheurs ayant des positions divergentes sur des sujets variés sur son site Raison Sensible.
          En tant que chevalier défenseur de la « déontologie journalistique », vous devez avoir fort à faire ! Et Brice Perrier est parmi les derniers à venir réprimander sur cette question. C’est le monde à l’envers.

          1. Bonjour,

            Merci pour votre retour. Votre engagement anthroposophique (articles réguliers sur soi-esprit.info dédiés à Steiner et la biodynamie) éclaire parfaitement votre lecture de l’article et l’impossibilité de réconciliation avec un non-anthroposophe.

            Sur le fond : même si l’article porte sur les « entraves à la recherche », il mobilise des résultats scientifiques en les annonçant comme spectaculaires (Ecovitisol, DOC), tout en concluant en petites lignes que ce n’est pas probant, le tout sans équilibrer avec d’autres études qui concluent à l’absence d’effet des préparations 500/501 (Chalker-Scott 2013, Changins 2024) ou à une équivalence bio/biodynamie.

            La Miviludes alerte sur « risques d’entrisme » (rapports 2021-25 citant la biodynamie), pas sur un « envoûtement ». C’est une vigilance légitime quand on appel à l’emploi de fonds publics.

            Le débat scientifique gagne à confronter « toutes » les données, y compris celles qui challengent l’hypothèse anthroposophique.

            Bonne continuation !

            1. Je vais vous répondre sur plusieurs points :
              – « articles réguliers sur soi-esprit.info » : deux publications en mars 2023 sur un site qui en compte plusieurs centaines, le mot régulier est effectivement très bien choisi !
              – « l’impossibilité de réconciliation avec un non-anthroposophe » : diantre ! vous nous la jouez grand combat entre le Bien et le Mal ? choc des civilisations ? il y a de tout chez les anthroposophes tout comme chez les non-anthroposophes, des gens honnêtes comme des malhonnêtes
              – vous citez sans arrêt « Changins 2024 » : c’est déjà une curieuse façon de faire car Changins n’est pas le nom du premier auteur mais celui d’une école d’ingénieurs en viticulture ; l’article fait à peine 2 pages et manque cruellement de précision ; par exemple, l’étude a été faite sur une parcelle de seulement 0,76 hectares divisée en blocs répartis au hasard (traités avec les préparations 500 et 501 ou contrôles non-traités), aucune information sur la taille de ces blocs, sur l’origine des préparations, leur mode d’utilisation… ce n’est pas très sérieux…
              – vous citez aussi « Chalker-Scott 2013 » : plusieurs erreurs et imprécisions dans cet article ; par exemple dans le tableau 1, la préparation 504 serait une infusion d’Ortie, ce qui est faux ; dans le tableau 2, l’utilisation de Menhirs dans la pratique bio-dynamique, ce qui est tout à fait marginal ; un article cité dans cette revue (Tung et al 2007) utilise comme traitement bio-dynamique les préparations 500 à 504, ce qui est un non-sens complet, les 6 préparations pour le compost 502 à 507 formant un ensemble …
              On trouvera ici les traductions en français de revues récentes (2019 et 2022) :

              https://biodynamie-recherche.org/recherche-en-agriculture-et-alimentation-biodynamique-une-synthese/

              https://biodynamie-recherche.org/synthese-des-recherches-scientifiques-sur-lagriculture-biodynamique/

              Une synthèse de ces articles et d’autres sur le même sujet est disponible ici :

              https://biodynamie-recherche.org/panorama-des-connaissances-scientifiques-sur-lagriculture-biodynamique/

              – enfin à propos de la Miviludes, voici deux réactions, une du chercheur Jean Foyer cité par Brice Perrier, l’autre des associations MABD et Bodynamie Recherche :

              https://blogterrain.hypotheses.org/23396

              https://biodynamie-recherche.org/agriculture-biodynamique-pour-un-debat-public-exigeant-et-apaise/

  3. Comme vous le dites en conclusion de l’article, « il conviendrait de continuer à mettre la biodynamie à l’épreuve de la science », de façon loyale et ouverte, à l’opposé des signataires de la tribune dans le journal le Point que vous citez, qui ne font finalement qu’appeler à la censure avec des arguments d’autorité qui n’ont pas grand chose de scientifique : « n’a pas lieu d’être », « ne peut accepter des théories farfelues », « aucune légitimité scientifique »… De beaux exemples d’« obscurantisme au pouvoir » justement ! On accuse l’anthroposophie d’être sectaire, mais qui fait preuve de sectarisme dans cette affaire ?
    Quant à la personne qui se demande pourquoi l’on devrait « perdre du temps de recherche et de l’argent engageant nos impôts » avec la biodynamie, chacun d’entre nous pourrait dire cela à propos des domaines de recherche qui ne nous plaisent pas, par exemple les nano-technologies, l’intelligence artificielle ou les OGM… En fait, pourquoi ne pas imaginer plutôt que chaque citoyen puisse flécher la partie de son impôt dévolue au financement de la recherche vers des projets qu’il souhaite soutenir ?

  4. Bonjour,
    Vous êtes conscient que vous diffusez le narratif d’une personne liée à une boite de communication sous anonymat / sous couverture ? Le contenu du blog est potentiellement le fruit de publireportages commandés et non déclarés. Lire le livre « les gardiens de la raison ».
    Bav

  5. Bonjour et d’abord merci pour cet article, dans la lignée de ce que vous avez abordé dans votre très bon livre « L’obscurantisme au pouvoir » que je recommande chaudement, ainsi que vos articles sur votre site Raison Sensible.
    Je ferai des commentaires plus conséquents dans un autre message, je me permets juste ici une petite correction à propos de cette phrase : « D’autres préparations à base de plantes, conservées dans des boyaux ou des cranes d’animaux, se verront, après leur dilution, versées sur du fumier ou du compost. » En fait seul le jus de fleurs de valériane est dilué puis versé sur les composts et fumiers, les autres plantes sont introduites à l’intérieur des tas sous forme solide.
    A bientôt.

    1. Merci pour votre commentaire. Je remarque que vous vous interrogez sur la transparence en vous référant à l’enquête d’une personne, Kalou, qui apparait toujours intégralement masquée. Il est lui même un très proche et actif soutien d’un individu sur lequel j’ai longuement enquêté, au comportement plus que questionnable et à l’influence très importante (https://raisonsensible.substack.com/p/un-gourou-au-coeur-de-la-lutte-anti). C’est après avoir réalisé cette enquête que je me suis intéressé à la biodynamie, principalement au niveau de ses résultats et des études publiées dans des revues scientifiques. Les collaborations de chercheurs avec des associations de biodynamistes et les critiques que cela soulève sont évoquées dans mon article, mais son objet est plutôt de s’intéresser à l’état de la connaissance scientifique et de la recherche.

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