Le retour de l’humain aux alentours de la Lune est célébré en grandes pompes et les images de l’astre sélène, capturées par les astronautes de la mission Artemis 2, sont largement diffusées. Mais face à l’emballement médiatique et à l’exaltation béate, il faut prendre de la hauteur.
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Le 6 avril 2026 nous parvenaient en direct sur YouTube les images transmises par l’équipage de la mission Artemis 2 sur fond de voix nasillardes et monocordes. « Des images » ?… Façon de parler puisque, pendant de longues heures, c’est en fait un unique plan fixe qui a occupait l’écran : le globe lunaire grisâtre se détachant sur un ciel noir et vide, une partie du vaisseau visible apparaissant également en premier plan.
Ce spectacle pour le moins minimaliste contrastait singulièrement avec le tapage médiatique des semaines et des mois précédents. La presse mainstream n’avait eu cesse de nous le répéter en boucle : « Cette mission marque le retour de l’homme vers la Lune après plus d’un demi-siècle. »
Qu’on se le dise ! Mais à quoi servait au juste cette mission ? À cette question, la même presse ne répondait que par de vagues expressions : « pour la science » ou « pour préparer les missions futures ». D’accord, mais à quoi serviraient ces missions ? La suite était systématiquement reportée au prochain épisode.
En revanche, cette presse s’est montrée particulièrement prolixe en chiffres dès le lendemain de « l’événement ». Ainsi par exemple le journal Le Monde[1]– Artemis-2 a remis le cap vers la Terre, après avoir fait le tour de la Lune, Le Monde, 06/04/2026. s’est-il empressé d’indiquer à ses lecteurs que l’équipage s’était éloigné à 405 588 km, alors que le précédent record était de 400 471 km ; laissant ainsi supposer que les 5117 kilomètres de différence représentaient « un pas de géant pour l’Humanité ».
Les choses se passaient comme si la monotonie des images contredisait point par point le battage dont la mission avait été l’objet depuis la désignation de l’équipage[2]– La NASA a dévoilé les noms des quatre astronautes qui feront le tour de la Lune dans le cadre de la mission Artemis 2, Houston Chronicle, 03/04/2023. , digne d’une cérémonie des Oscars. Une propagande sans commune mesure avec tout ce qu’on avait connu par le passé, époque Apollo comprise, non pas tant par le nombre de reportages et d’images que par leur scénarisation, digne des blockbusters.

Et pour les amoureux d’émotions à bon prix, le casting était parfait : « la première femme à aller vers la Lune », « le premier noir », « le premier non-Américain ». Jusqu’au poste de commandant de bord attribué – hiérarchie oblige – au seul homme blanc étatsunien… et pas n’importe lequel : un veuf éduquant seul ses deux enfants, l’équipage baptisant plus tard un cratère du nom de la disparue[3]– L’équipage d’Artémis 2 baptise un cratère «Carroll» en l’honneur de la femme décédée du commandant de la mission, Le Figaro, 06/04/2026. . Le pathos n’a atteint son apogée, si l’on peut dire, que lorsque le voyage dans l’espace s’est doublé d’un voyage dans le temps : quand l’équipage a reçu de Houston un message de l’un de ses pionniers, enregistré un an avant sa mort[4]– Bonne chance et bon voyage, Artemis 2, Scientific American sur Youtube, 06/04/2026. .
Tout a été fait dans ce show pour occulter le fait que ces quatre personnes n’avaient rien d’héroïque : avant eux la mission Artemis 1 s’était déroulée sans encombre et surtout sans passager. On ne peut donc qu’être étonné qu’à l’heure où tant de gens s’inquiètent à l’idée que l’IA leur pique leur boulot, il y en ait autant qui acceptent sans broncher qu’on les ponctionne pour offrir à quatre de leurs concitoyens un voyage pour eux sans aucun intérêt et dans un engin pouvant être piloté à distance.
NOUVELLE COURSE À LA LUNE, NOUVELLE GUERRE FROIDE ?
La constitution soi-disant hétérogène de l’équipage était censée symboliser l’harmonie entre les hommes et les femmes, les blancs et les noirs, les Étatsuniens et les non-Étatsuniens. Il n’empêche que les astronautes revenaient à peine de la Lune que Donald Trump, initiateur du programme Artemis, promettait aux Iraniens d’anéantir leurs infrastructures, au mépris le plus total des Droits humains.
Cherchez l’erreur… La raison de ce retour à la Lune est exactement la même qu’il y a cinquante ans, à la différence que les Chinois ont remplacé les Russes, c’est la raison du plus fort. En définitive, le plus « incroyable » (dans tous les sens du terme), ce n’est pas que l’on ait marché un jour sur la Lune mais qu’on l’ait fait alors que cela ne sert à rien et qu’il y a tant à faire sur et pour notre planète.
Sans nullement partager l’avis de ceux qui refusent catégoriquement d’admettre qu’on soit allé là-bas, je partage sans réserve leur volonté de rejeter la crédulité. Car qu’est-ce que le mythe du progrès sinon la plus monumentale et la plus mortifère de toutes les croyances ?
Un célèbre proverbe chinois dit « quand tu montres la Lune du doigt à un imbécile, celui-ci regarde le doigt ». Au risque de passer moi-même pour un imbécile, j’étudie attentivement depuis plusieurs années les motivations de tous ces gens qui sont fascinés par le fait de marcher sur la Lune. Et c’est alors que je comprends pourquoi l’intelligence n’est pas le trait de caractère dominant de celui qui a impulsé ce retour à la Lune, Donald Trump ; et comment, plus on est dépourvu d’intelligence, plus on en vient à croire aveuglément que de vulgaires artefacts en sont pourvus. Au fond, c’est l’intelligence que l’on met à l’index.
On n’arrête pas le regrès.
Joël Decarsin, militant technocritique.
> Illustration de Une : photo prise pendant la mission Artemis 2 (Crédit : Nasa)
Notes[+]
| ↑1 | – Artemis-2 a remis le cap vers la Terre, après avoir fait le tour de la Lune, Le Monde, 06/04/2026. |
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| ↑2 | – La NASA a dévoilé les noms des quatre astronautes qui feront le tour de la Lune dans le cadre de la mission Artemis 2, Houston Chronicle, 03/04/2023. |
| ↑3 | – L’équipage d’Artémis 2 baptise un cratère «Carroll» en l’honneur de la femme décédée du commandant de la mission, Le Figaro, 06/04/2026. |
| ↑4 | – Bonne chance et bon voyage, Artemis 2, Scientific American sur Youtube, 06/04/2026. |